[DADVSI] Lobby Or Not Lobby

Thierry Gaudin, ingénieur devenu prospectiviste, s’attache à montrer que la mutation contemporaine n’est pas assimilable à un nouvel avatar de la révolution industrielle mais doit être comprise comme un véritable changement de civilisation. Il croit au retour de l’éthique.
Illustration without you. sous licence Creative Commons BY.
On ne peut pas comprendre l’énormité du contresens que constitue le projet du gouvernement sans quelques réflexions touchant à la nature des lois et au modèle économique implicite qui sous tend l’absence de pensée qu’elle exprime.
Tout d’abord, les lois sont faites pour prendre acte des comportements de la population. La première tâche du législateur est de mettre le droit en conformité avec les moeurs.
Quand des millions d’internautes téléchargent de la musique ou des films, qu’ils ne pourraient d’ailleurs pas trouver sur les sites payants beaucoup moins bien achalandés que le peer to peer, adopter une loi qui interdit ces pratiques revient à encourager les actions d’intimidation des producteurs, voire à susciter des procès long coûteux et inutiles car dès qu’il sera nécessaire de dissimuler le peer to peer, les outils logiciels existent qui permettront de le faire (voir les commentaires de Didier Lebrun).
Ensuite, je me permets de rappeler que ce ne sont pas les "majors" du disque ou du cinéma qui payent les députés, les ministres et les fonctionnaires. Ce sont les contribuables, et ceux-ci sont fondés à exiger des lois qui leur facilitent la vie quotidienne, ce qu’ils feront par le canal d’Internet. Les députés et ministres qui souhaitent être réélus feraient bien de s’en souvenir.
Enfin, les lois sont aussi faites pour préparer l’avenir. Lorsque Gutenberg, en 1450, développa l’imprimerie (dans un premier temps pour mettre la lecture de la Bible à portée des croyants), l’Eglise s’y opposa, car cela lui paraissait menacer son influence sur les esprits. C’était bien le cas, et son inquisition s’avéra incapable de contenir le développement du protestantisme.
Les forces qui sont à l’oeuvre aujourd’hui pour contenir la diffusion de la culture sont de la même nature. La rémunération des artistes ne représente qu’une fraction, quelques pour cent, des sommes en jeu. Elle pourrait être assurée par d’autres moyens.
Ce qui est en cause, c’est l’économie où les biens culturels, selon le mot célèbre d’un président de chaîne télévisée, servent à préparer les neurones du spectateur à recevoir le message publicitaire, celle qui, dégradant la qualité, transforme la musique et la vidéo en massage neuronal préparant le remplissage du caddy.
C’est une économie de l’addiction au moment où la tâche la plus urgente est au contraire de revenir à des comportements raisonnables pour retrouver un équilibre entre la consommation humaine et les ressources de la planète.
C’est pourquoi cette loi est un test. Elle permettra de savoir si la France, qui fut autrefois rédactrice des droits de l’homme, est maintenant devenue, comme bien d’autres pays, une république bananière gouvernée par des lobbies inutiles.
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