Logiciel libre et entreprise
A quelques rares exceptions près comme Open Office, la très grande majorité des logiciels libres sont développés en dehors du modèle économique classique de l’entreprise. Mais de plus en plus d’éditeurs ou de pourvoyeurs de services s’intéressent à "l’open source" [1]. Certains y voient du simple opportunisme, et craignent le mélange des genres qui gommerait peu à peu la frontière propriétaire/libre ; d’autres considèrent cette tendance comme l’une des voies pouvant assurer la pérennité de ce type de logiciel puisque gagner sa vie avec du libre est loin d’être évident.
Voici les réflexions sur le sujet de ce que l’on pourrait appelé un membre de la "communauté du libre", Loïc d’Anterroches, l’auteur du CMS Plume, publiées à l’origine sur son site Xhtml.net [2]
Je ne suis pas un fan des logiciels libres, je suis un utilisateur contributeur, je prends plaisir à les utiliser, par exemple je n’ai que les drivers de ma carte vidéo comme logiciel non libre sur cet ordinateur pour le moment et le système qui gère le contenu de ce site est sous licence libre. Bon, oui, il y a toujours le double démarrage windows, mais cela fait si longtemps, je me demande si les icônes prennent la poussière ou pas...
Maintenant, je constate une polarisation douce, mais une polarisation quand même, entre ce que je vais appeler les adeptes du GNU et les adeptes du Open Source. Pour les premiers, les logiciels devraient tous être des logiciels libres, pour les seconds, les logiciels sont un écosystème avec un métissage entre des logiciels libres et des logiciels propriétaires. Cette définition a le mérite de me convenir et je ne pense pas que je vais trouver beaucoup de personnes pour me contredire sur ce point. Il faut noter que les adeptes changent, ils peuvent passer d’un bord à l’autre.
Si je prends la plume ce soir, c’est après avoir lu Logiciels libres : free as a beer de Bruno Lemaire et Bruno Decroocq. En dehors de contenir un nombre important d’erreurs par rapport à la licence GPL et de faire une relecture un peu particulière de l’histoire (Lire la discussion sur les inexactitudes de l’article) il pose la question de la possibilité de l’assimilation du logiciel libre dans les entreprises de développement logiciel. On ne parle pas ici des entreprises utilisatrices des logiciels libres, mais bien des éditeurs de logiciels.
Il y a un débat récurrent en ce moment, ce débat est sur la possibilité de développement propriétaire pour nourrir du libre. Pour certains, c’est une bonne chose, pour d’autre c’est un compromis inacceptable, car ce développement propriétaire est bien une suppression des libertés de l’utilisateur. C’est bien là que deux logiques s’affrontent.
Maintenant si on fait un petit retour en arrière et qu’on regarde l’évolution du logiciel libre depuis ces 20 dernières années, que voit-on ? On voit que cela ne fait que quelques années que les entreprises s’impliquent de manière importante dans le logiciel libre, et que la majorité des développements ont été fait sans les entreprises et se continueront sans les entreprises.
Le logiciel libre vit sans les entreprises et continuera de vivre sans les entreprises, le logiciel libre se base sur un besoin des utilisateurs, sur le goût du partage et sur la disponibilité de compétences. Le logiciel libre est un idéal, et comme tout idéal il ne souffre pas le compromis. Par contre, par rapport à certains idéaux, le logiciel libre a cela de bon, qu’il se construit chaque jour, plus vite qu’il ne souffre des effets de l’entropie. Chaque jour nous rapproche de cet idéal.
Pourquoi certains se tournent vers du développement propriétaire ?
Si aujourd’hui, certaines entreprises offrant des services autour des logiciels libres veulent inclurent ou ont déjà dans leur portfolio, le développement de logiciels propriétaires, c’est tout simplement que dans leur environnement le service n’est pas suffisant pour vivre. En effet, il faut pouvoir être dans un domaine pointu pour pouvoir réellement proposer un logiciel libre et gagner de l’argent avec le service associé. Le service peut être au niveau de l’intégration de briques, comme une solution de messagerie, ou du conseil par exemple autour de l’utilisation de logiciels de haute technicité métier.
Par exemple, si vous créez un éditeur de texte, un logiciel comme Dreamwaver, un logiciel grand public, vous ne pourrez que très difficilement développer du service (en dehors, il est vrai, de la formation). Cela ne veut pas dire que le code du logiciel est en lui même simple, cela veut dire que les notions mises en oeuvres sont simples et donc que l’utilisateur n’a pas besoin d’une formation spéciale pour utiliser le logiciel, un bon manuel suffit.
Où pouvoir développer du logiciel libre et en vivre ?
À un endroit, où même le bon manuel ne suffit pas. Vouloir gagner de l’argent avec du logiciel libre dans le milieu du logiciel comme outils généralistes n’est pas très viable, car il existe déjà de très nombreuses personnes sur le marché. Je vous laisse faire une recherche sur le nombre d’éditeurs XML, éditeurs de codes, bases de données, etc. Toutes ces briques répondent aux besoins des programmeurs, naturellement des versions libres sont alors disponibles. Dans ce domaine, oui vous pouvez produire un excellent logiciel propriétaire et en vivre, mais pas un logiciel libre. Vous pouvez par contre essayer de les intégrer, comme font les SSLL.
J’ai toujours trouvé dommage de voir certaines de mes connaissances partir pour faire de l’informatique et uniquement de l’informatique, quand elles avaient aussi un intérêt pour d’autres domaines dans les sciences. Il est vrai que j’ai pris conscience de cela que sur le tard, quand j’ai pu mettre au service de la science mon goût pour le code. En effet, là, à l’interface entre des concepts de haut niveau et un besoin d’outils performants pour les manipuler, la notion de service est déjà la base du système. Dans ce domaine les logiciels sont loués à l’année, dans ce domaine l’important est le support et la compétence des interlocuteurs bien au-delà des lignes de code. Mais les lignes de code deviennent importantes pour la pérennité de l’investissement de l’entreprise. Si vous aimez coder, mais que vous aimez aussi les avions, faites de études d’aéronautique, vous verrez vite le manque de codeurs avec de réelles connaissances techniques. Fuyez les formations généralistes (sauf si vous êtes en France ou au Japon, pays un peu bizarres où le diplôme guide votre carrière à vie au mépris de la raison) et devenez un expert avec un esprit ouvert.
Les briques de base sont condamnées a n’avoir que de moins en moins de valeur car selon l’adage : le logiciel libre est gratuit après avoir été payé. Qui payera pour une suite bureautique, un éditeur de page web, un compilateur ou un navigateur web dans 10 ans ?
[1] Voir par exemple la "mésaventure" d’Olivier Meunier avec Free, fournisseur d’accès internet qui avait envisagé de proposer DotClear en installation automatique. NdE.
[2] Et comme Plume ne possède pas encore de gestion de commentaires, vous êtes invité à laisser les vôtres ici ;-). NdE.
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