Framasoft | Framakey | Framabook | Framablog | Framagora | Framawiki | Veni Vidi Libri

Un an avec Linux - Bilan

Article original publié le mercredi 28 janvier 2004

Hodie mihi, cras tibi ?

Peut-on travailler et être productif sous Linux dans un contexte de bureau ? Peut-on vivre sans Windows ? Bilan professionnel d’un an avec Linux.

Expériences d’un « utilisateur normal »

Un an déjà ? Ben oui, ça fait plus d’un an que j’ai commencé à goûter à Linux, et environ un an que je me suis débarrassé de ma dernière plate-forme Windows pour basculer à 100% dans le monde du Logiciel Libre (Linux et plus récemment FreeBSD pour quelques applications).

Si j’écris « utilisateur normal » dans le sous-titre de ce papier, ce n’est pas que je considère que les autres utilisateurs Linux ne soient pas normaux, au contraire ! J’ai juste voulu souligner que je ne suis pas informaticien ni développeur, « geek » ou « nerd », mais juste quelqu’un qui se sert de son ordinateur dans un cadre professionnel qui est bien éloigné de tout ça - commercial et marketing - et dans un contexte privé qui se limite à de la correspondance, un peu de suivi de budget familial, et quelques activités internet dont seul le fait d’héberger des sites à domicile pourrait éventuellement être retenu contre moi :) (voici un résumé de mes « compétences »). Dans ce papier j’utiliserai le terme « utilisateur normal » dans ce sens.

Je fais donc de la « bureautique » : du traitement de texte, du tableur, du mail et des présentations. Et si les articles sur Linux abondent sur Internet, peu abordent la vie de l’utilisateur dans un environnement « réel », la vraie vie quoi. J’étais habitué à un environnement Windows, quasi-imposé chez mes employeurs précédents, et j’aimerais vous faire part de ma transition vers Linux.

Pourquoi cette démarche ? Suis-je un étudiant boutonneux, un révolutionnaire, un anarchiste, un bohème ? Ben non, à quarante ans, tout ça ne sont que des bons souvenirs :). J’ai essayé de décrire mes motivations - qui pourraient être les vôtres demain - dans un autre article.

Aussi, je ne vais pas entrer dans le débat idéologique Windows-Linux (en tout cas, pas dans ce papier), et je n’utilise pas pour ma part d’expressions telles que « M$ », « Windaube », etc. Je me limiterai à une description de mes expériences avec Linux, adressée à ceux pour qui l’ordinateur n’est qu’un outil, comme pour moi. Je ferai quelques comparaisons avec Windows : après tout, c’est le cadre de référence de beaucoup d’entre nous.

Avant d’aborder les détails, je répondrai d’abord à deux questions essentielles : Peut-on travailler normalement sous Linux ? et Peut-on « survivre » sous Linux dans un environnement où vos collègues, fournisseurs, clients et famille utilisent Windows ?

Oui et oui.

Voici comment et pourquoi.

Installation

Récemment, j’ai re-installé Windows XP sur l’ordinateur de ma filleule, qui s’était crashé (XP, pas ma filleule). Riche de cette expérience, je peux vous assurer que installer Linux n’est pas plus compliqué que d’installer Windows. Ce n’était pas le cas il y a quelques années, d’où une réputation de complexité qui lui est restée, mais l’installation de Mandrake ou RedHat (deux « distributions » Linux) ne demande pas plus de connaissances exotiques que celle de Windows, surtout si vous avez un ordinateur relativement standard [1]. Voici un article simple qui décrit comment installer Linux en vingt minutes], et il y en a des milliers d’autres sur Internet. A conseiller particulièrement : le site de Linux entre Amis et LinuxFrench.

Quand vous avez installé Linux Mandrake ou RedHat, ou GNU/Debian (une autre distribution Linux, dont l’installation est légèrement plus compliquée), vous avez également installé, en fonction des choix que vous avez fait pendant cette installation, un certain nombre d’applications : traitement(s) de texte, tableur(s), navigateur(s). Vous pourrez, au besoin, télécharger d’autre logiciels, on en reparlera ci-dessous.
Dans le cas de Windows, vous avez juste un logiciel de courrier électronique et un navigateur, et il vous faut une étape supplémentaire pour installer, par exemple, Microsoft Office qui intègre entre autres Word et Excel.

Conclusion : Match nul.
Petit détail tout de même : dans le cas de Windows, vous avez investi entre 400 et 800 Euros pour en arriver là, la facture Linux s’élève à 0 Euros.
Autre petit détail, l’installation de certaines périphériques (imprimantes, scanners, sauvegarde sur bande magnétique) prend parfois plus de temps sous Linux que sous Windows.

Convivialité

L’interface graphique de Linux [2] ressemble drôlement à celle de Windows (excepté celle deWindows XP qui est tellement simplifiée qu’elle ne ressemble plus à rien, sauf peut-être à un jouet pour enfants de 3 ans). L’interface de Windows ressemble curieusement à l’interface du Macintosh, et cette dernière s’est largement inspirée des recherches effectuées par Xerox dans les années 70. Autrement dit, c’est blanc bonnet et bonnet blanc : une souris qui bouge, des dossiers qui s’ouvrent et se ferment, des fenêtres qui se déplacent, etc.

Oh, il y a bien sûr des petites différences, et il y a des habitudes qui se créent qui font que l’on peut préférer telle interface à une autre. Exemple : la plupart des interfaces pour Linux proposent plusieurs « bureaux » que l’on pourrait comparer à des « méta-fenêtres » ; ça n’a l’air de rien mais qu’est-ce que c’est pratique ! Mais franchement, l’utilisateur s’adaptera toujours à son outil, et ce d’autant plus facilement que l’on peut paramétrer son interface (un peu sous Windows, beaucoup sous Linux) pour qu’elle soit la plus agréable possible. Ou plus précisément : pour qu’elle vous gêne le moins possible. Après tout, une interface, comme un système d’exploitation, n’est pas un but en soi. Enfin, pour l’utilisateur normal.

JPEG - 35.4 ko
Un bureau normal sous Linux
A l’écran, le traitement de texte d’OpenOffice.org. Franchement, ce n’est effrayant que par sa banalité, non ?

Une différence entre Windows et Linux : chez Windows, l’interface graphique est totalement intégrée dans le système d’exploitation [3]. Il est impossible d’utiliser Windows sans les fenêtres, ce qui est logique vu le nom du produit. Chez Linux, en simplifiant, l’interface graphique est un « écran » entre l’utilisateur et la ligne de commande. Elle a été rajouté après, c’est une couche qui s’ajoute par-dessus le « moteur ». Dans la vie quotidienne, cela a parfois des avantages et des inconvénients : l’avantage de Windows est une homogénéité apparente totale, ce qui n’est pas toujours le cas chez Linux. Il peut par exemple arriver sous Linux qu’un « Copier-Coller » entre deux applications fonctionne mal (c’est rare, mais ça m’est arrivé). Le désavantage de Windows est que, en cas de plantage (et oui, ça arrive, n’est-ce pas), tout plante, tandis qu’en cas de plantage sous Linux (et oui, ça arrive aussi, mais c’est infiniment plus rare), on arrive dans neuf cas sur dix à récupérer son travail. Voir aussi plus loin sous « stabilité ».

Conclusion : Match nul.

Applications

Nous voici dans le vif du sujet. L’ordinateur n’est qu’un outil destiné à nous faciliter la vie et nous aider à gagner de l’argent (OK, s’amuser un peu aussi), peu importe ce qu’il a sous le capot. Voici donc un résumé de mes expériences sur les deux plate-formes, Windows et Linux.

En partant du principe que vous connaissez déjà Windows, vous devez être plus ou moins familier avec les deux principaux logiciels de Microsoft : Word et Excel, les deux produits leaders sur leurs marchés respectifs. Ces applications ont été traduites (« portées ») pour Macintosh (je crois me souvenir qu’en réalité, elles ont été développées pour Mac, et traduites pour Windows par la suite, peu importe, c’est anecdotique), mais pas pour Linux.

Il existe un très grand nombre de logiciels bureautiques pour Linux, par exemple la suite KOffice (KWord, Kspread, KChart, KPresenter), d’autres logiciels comme Abiword (traitement de texte), etc., beaucoup trop pour les citer tous ici. J’en ai essayé beaucoup (tous ceux cités ici, et quelques autres), et la première conclusion saute tout de suite aux yeux : il n’y en aucun parmi ceux-ci qui arrive à la hauteur de Word ou Excel quand on regarde le nombre de fonctions, options et autres possibilités offertes. D’autre part, et c’est lié bien entendu, ils sont tous beaucoup plus faciles à maîtriser et à utiliser, et franchement, qui peut affirmer qu’il utilise toutes les fonctions de Word et/ou Excel ?

Non, c’est ailleurs que le bât blesse : La compatibilité avec les formats de Word et d’Excel : si vous ne pouvez pas écrire, ou pire, lire des documents au format « .doc » pour Word et « .xls » pour Excel, vous êtes isolé dans un monde qui a de facto hissé ces formats au niveau de standard universel. Je vous conseille d’ailleurs de lire cet excellent article d’ARNO* sur uZine à ce propos, c’est très édifiant.

Ce n’est pas ici que je vais entrer dans la polémique sur les formats propriétaires, ceci est juste un constat sans jugement de valeur. Heureusement qu’il existe une solution (deux même, elles sont intimement liées) : la suite bureautique OpenOffice.org, que l’on peut trouver (gratuitement) sur le site du même nom, et la suite StarOffice, éditée et commercialisée (oui, il s’agit d’un produit payant) par Sun Microsystems. Ces deux suites - quasiment identiques, elles se basent majoritairement sur les mêmes sources - n’offrent pas seulement une compatibilité totale avec les formats de Microsoft, elles proposent en plus la même richesse fonctionnelle - voire plus - que la suite bureautique de de la « firme de Redmond » comme on dit.

Pour juger par vous-même, je vous invite à visiter le site de OpenOffice.org et/ou de télécharger ce tutoriel sur le site de Framasoft (format « .pdf »). Mieux ! Cette suite a été « portée » sur plusieurs plate-formes, et il y a une version pour Windows. Cette version étant un logiciel libre (et gratuit) aussi, vous pouvez le télécharger maintenant et le tester vous-même. Et, pourquoi pas, le garder.

Conclusion : Match nul.
Toutefois une petite reproche personnelle à la suite OpenOffice.org : l’absence de correcteur de grammaire. Absence compensée par la disponibilité gratuite d’un correcteur d’orthographe et des thésaurus dans une cinquantaine de langues)

Stabilité

En simplifiant un peu, on peut dire que sous Linux, chaque application est « cloisonnée » et fonctionne dans son espace propre. Sous Windows, applications et système d’exploitation opèrent dans une grande soupe. Résultat pour l’utilisateur normal : si une application plante (et ça arrive sous tous les systèmes d’exploitation, même si c’est infiniment plus rare sous Linux - mon expérience personnelle, je n’ai pas de statistiques scientifiques), sous Linux vous pouvez toujours accéder aux autres applications, au système d’exploitation, et si necessaire, « tuer » l’application fautive. Et le plus souvent, aucun redémarrage est nécessaire. Sous Windows, même pas en rêve.

Or, le fait de pouvoir récupérer au moins les données des autres applications (et celles de l’application « plantée » jusqu’à la dernière sauvegarde) est plus important pour moi que le prosélytisme dont j’ai pu faire preuve ailleurs sur ce site. Dans le premier cas, cela influe directement sur mon travail. Dans le deuxième, c’est une question d’ordre idéologique qui m’apporte certes beaucoup de satisfaction, mais rien à manger.

La même chose est vraie pour les fichiers stockés sur le disque dur. Windows utilise un système de fichiers (NTFS) qui n’est pas très performant, et facilement victime de « fragmentation », ce qui rend le système plus lent et plus fragile. Les systèmes de fichiers utilisés par Linux, notamment les plus récents (ext3, Reiserfs, xfs), ne connaissent pas ce problème. Or, le fait de savoir que mes données sont bien stockées, dans une structure solide, est plus important que tous les discours philosophiques. Ceci dit, je fais des sauvegardes quand-même.

Un dernier mot sur la stabilité : si vous avez un serveur (de fichiers, de courrier, de sites web, etc), il est primordial que celui-ci fonctionne 24/7, sans panne, sans redémarrage, sans souci et sans intervention. Jetez donc un coup d’oeil sur les statistiques des serveurs le plus longtemps en service sans redémarrage. Ces statistiques donnent également le système d’exploitation des serveurs en question, c’est assez parlant. Mon expérience personnelle ne l’est pas moins (sur ma micro-échelle à moi) : Mon propre serveur web a redémarré deux fois, la première fois après 50 jours suite à une panne de courant, la deuxième fois, 120 jours plus tard, parce que j’ai déménagé mon serveur sur une plate-forme FreeBSD. [4]

Conclusion : Linux bat Windows par KO.

Sécurité

Sans vouloir enfoncer des portes ouvertes, Windows est une mauvaise plaisanterie au niveau de la sécurité. Bien entendu, Linux a des failles aussi, surtout si votre ordinateur n’est pas bien configuré par rapport à son environnement, mais Windows est structurellement défaillant sur ce plan. Et même si vous n’utilisez pas votre ordinateur en tant que serveur, ni dans un environnement multi-utilisateurs (deux situations où la vulnérabilité de Windows est particulièrement criante - et dangereuse pour vous), rien que l’acte de surfer ou d’échanger des mails peut vous exposer à des dangers allant du simple virus jusqu’à l’intrusion de votre système et l’accès par un tiers à vos données. Et l’édition hebdomadaire de « patchs » par Microsoft n’y fait rien, elle ne fait qu’accentuer cette triste vérité.

Pendant que l’on y est, laissez-moi donner mon point de vue sur deux fausses argumentations qui voudraient qui Linux soit aussi vulnérable, voir plus, que Windows. Arguments dont les mauvaises langues disent qu’ils seraient développés par les services de communication de Microsoft, ce que je ne crois pas forcément, mais bon.

Windows est plus attaqué que Linux parce qu’il y a infiniment plus d’ordinateurs qui tournent sous Windows que sous Linux. Sous-entendu : « le pirate qui veut lancer un virus/commettre un autre méfait a intérêt à le faire pour Windows, il se propagera beaucoup plus et plus vite ». Ceci me semble faux pour au moins deux raisons :
D’abord parce que Linux est structurellement sécurisé. Des failles existent bien sûr, rien n’est parfait et encore moins un ordinateur, mais les failles de Linux ou celles des applications qui tournent sur Linux sont les exceptions. Windows est, de par son design, fondamentalement vulnérable, ses failles sont la règle.
Ensuite, j’admets l’argument que plus d’ordinateurs tournent sur Windows que sous Linux, et je le retourne : plus de serveurs web tournent sur Linux (et surtout BSD) que sur Windows. Or, qu’est-ce qu’il est plus vulnérable qu’un serveur web, ordinateur connecté en permanence à Internet ? Linux devrait donc être une cible privilégiée. Et pourtant, les « exploits » sont plutôt rares. CQFD.

Linux est plus vulnérable parce que ses sources sont publiques ; toute personne malveillante peut se les procurer pour créer quelque choses de méchant. Sous-entendu : « les sources de Windows sont secrètes, donc elles sont plus sûres ». De nouveau, cela me paraît fallacieux. D’abord parce que celui qui a les « compétences » pour créer un virus/troyen/autre nuisance ne reculera pas devant la rétro-ingénierie (reversed engineering) des codes de Microsoft (oui, c’est interdit par la loi, mais croyez-vous qu’il soit à ça près ?), ensuite la « publicité » des sources ouvertes fait que, en cas de faille, la très grande communauté internationale de développeurs peuvent unir leurs forces pour réparer cette faille (dans le cas d’une faille chez Microsoft, il n’y a que les développeurs de Microsoft qui sont en mesure de le faire, à condition que (a) ils reconnaissent la faille, (b) ils estiment qu’elle doit être réparée et (c) ils sachent le faire). [5]
Et finalement, je suppose que, depuis le temps qu’ils existent, des plans détaillés de coffres-forts sont disponibles quelque part, avec le fonctionnement des clés (réflexion faite, il suffit de regarder une clé de près pour avoir une idée précise sur le fonctionnement de la serrure). Est-ce que cela nous permet pour autant d’ouvrir n’importe quel coffre-fort ? Non bien sûr.

Conclusion : Linux bat Windows par KO.
Sauf si votre ordinateur n’est pas connecté à Internet, et seules des personnes de confiance ont un accès physique à votre ordinateur, au quel cas Linux concède un match nul.

Service Après-Vente

Les utilisateurs normaux que nous sommes, qui nous servons de notre ordinateur comme outil et pour gagner de l’argent, nous voulons être rassurés quant à la pérennité de notre installation, et nous dormons mieux en sachant que, quelque part, il y a quelqu’un qui est là pour nous aider si jamais nous sommes coincés (surtout quand une nouvelle « deadline » approche, et bizarrement c’est toujours à ces moments-là que des problèmes ont tendance se manifester).

Les utilisateurs Windows comme les utilisateurs Linux ont accès a des myriades de sites internet consacrés aux différents OS [6], et aux problèmes que l’on peut rencontrer. Bon, c’est moins utile quand votre problème concerne justement l’accès à internet, mais dans tous les autres cas de figure il suffit, par exemple, de taper le contenu d’un message d’erreur dans votre moteur de recherche favori pour trouver des messages de gens qui ont rencontré le même problème que vous, et avec un peu de chance vous y trouverez également la solution. Et au cas où vous ne la trouvez pas, vous pouvez poser votre question sur un site qui vous semble traiter le genre de problème que vous venez de rencontrer, et neuf fois sur dix, grâce à la solidarité des internautes, vous voilà dépanné (ceci est valable aussi bien pour Linux que pour Windows).

Et puis, il y a bien entendu le SAV du fabricant, du vendeur, de l’éditeur. Tous ont des sites plus ou moins en français, plus ou moins bien étoffés et plus ou moins faciles à explorer. Mais si l’on veut parler à quelqu’un pour avoir de l’aide ?

Dans le cas de Microsoft, il y a un petit feuillet qui était dans la boîte de « XP - version Familiale » de ma filleule. S’agissant d’une version OEM - livrée avec l’achat d’un nouvel ordinateur - Microsoft s’est bien gardé d’indiquer un numéro de téléphone d’assistance en ligne (à y regarder de plus près, il n’y a même pas d’adresse !), et renvoie l’utilisateur vers le fabricant du matériel pour toute aide. Il y a bien un numéro de téléphone qui sert pour « activer » le produit, mais il est caché quelque part dans le système lui-même.

Bon, si on achète Windows directement, il doit bien y avoir un service d’assistance téléphonique avec des vraies personnes ? Oui, même que (après quelques recherches), on découvre que : « Vous possédez un produit Microsoft vendu en boîte, de la gamme « applications bureautiques », « systèmes d’exploitation personnels », « outils de développement » ou « jeux, titres multimédia et accessoires (...) L’ Assistance Utilisateur et l’Assistance pour les Développeurs vous permettent d’adresser à nos équipes techniques deux demandes de support technique ou « incidents » par produit acheté. »
(Source mais j’ai dû passer par une autre page avec un bouton « J’accepte » avant d’arriver là)
On a le droit à deux demandes de support ? Sans blague. C’est comme le génie qui vous accorde trois voeux. Enfin, sans commentaire. Ils doivent être débordés sinon.

Et si vous avez plus de trois voeux, pardon, deux demandes de support ? Eh bien, il y a la « Care Desk » [7] à 549 Euros HT, comprenant les droit d’entrée et 20 « unités de service », et 130 Euros HT les 5 « jetons » supplémentaires. Si le « Care Desk » n’est pas assez bon pour vous, il y a également le « Microsoft support Professional » qui vous offre la réassurance de savoir qu’une aide compétente est toujours à votre disposition pour vous aider dans les phases complexes de réalisation de vos projets. Tarif : Lot de 5 incidents : 2000 Euros (13.119,14 FHT). Ça, c’est pour l’assistance par téléphone. Il y a une remise de 25% pour une assistance par mail. (tout ceci est véridique au moment où j’écris ces lignes, vient du site de Microsoft, si vous ne pouvez pas y accéder par le lien ci-dessus, faites donc Microsoft Support France (vous remarquerez au passage que « La transmission de ces articles à des sociétés tierces est interdite. » mais comme vous n’êtes pas une société tierce mais un ami de longue date, ça devrait aller), cliquez ensuite sur « Offres de Support » (dans la colonne de gauche), et voilà la panoplie des services Microsoft).

Bon, désolé, je me suis un peu moqué de Microsoft, et ce bien malgré moi, je ne suis pas comme ça d’habitude. Après tout, l’utilisateur a bien payé pour se le procurer (prix trouvé sur internet en janvier 2004 : 250 Euros pour XP Pro non-OEM, et rappelons-le, sans aucun logiciel bureautique), pourquoi il ne payerait pas pour le faire fonctionner ?

Mais rétablissons l’équilibre en nous penchant sur le cas de Linux. A ma connaissance, il y a quatre sociétés qui commercialisent des distributions Linux (tout en vous permettant de les télécharger gratuitement aussi, bien entendu (et la même version, il n’y a pas de « light » ni « bridé »), mais vous voyez bien que le monde du logiciel libre ne recule devant rien : avec un peu d’effort, vous pouvez même acheter des sources libres. Plus précisément, vous achetez du service. Et plaisanteries à part, cela peut avoir un intérêt pour des sociétés, des professions libérales ou encore des artisans) : Mandrake, RedHat, SuSe et SCO/Caldera. Je ne connais pas bien SuSe ni RedHat, et SCO/Caldera s’est récemment converti en société procédurière en tentant de pervertir le contexte juridique du « GPL » qui est à la base du logiciel libre (« Open Source »). Je parlerai donc juste de Mandrake :

Si vous achetez Mandrake 9.2 ProSuite, à partir de 199 Euros, vous avez le droit à « 90 jours de support à l’installation par mail et 5 unités de support téléphonique valides 60 jours » (source). La version « serveur », support illimité pendant un an, est à 1499 Euros. Sinon, le support téléphonique « utilisateur normal » est en gros au même tarif que celui de Microsoft (y compris si vous avez téléchargé le produit gratuitement).

Pour résumer un peu tout ça : quelque soit l’OS que vous choisissez, vous avez plusieurs possibilités de support, allant du support gratuit communautaire sans garantie jusqu’au support professionnel payant. Hormis la mise de départ de 250 Euros pour le produit de Microsoft (montant qu’il convient de multiplier au moins par deux si vous voulez disposer d’un logiciel bureautique en plus de votre fond d’écran), le coût du SAV est, disons, comparable.

Conclusion : Linux gagne par décision d’arbitre parce que, quoi qu’il arrive, vous dépenserez au moins 500, voire 700 Euros de plus pour un système Windows équivalent, que vous ayez des soucis techniques ou non.

Conclusions générales

Il convient de garder en mémoire que ceci n’est pas un comparatif scientifique mais une comparaison personnelle, basée sur ma propre expérience (hormis le chapitre « Service Après Vente, où je me suis basé sur des éléments provenant de sites web). Les critères du comparatif peuvent paraître réducteurs, mais à mon humble avis ce sont les seuls qui valent pour ceux qui se servent de l’ordinateur comme outil. Dans ce contexte, tout le reste n’est que de la poésie. S’agissant de mon travail professionnel, mon gagne-pain, le combat « libre/propriétaire », « l’Open Source contre le méchant Microsoft », me laisse presque de marbre (en tout cas à court terme), même si personnellement et intellectuellement ça m’intéresse beaucoup. S’obstiner tel que le petit village Gaulois contre l’empire Romain est peut-être valorisant, mais n’apporte pas de sangliers.

Sauf que...

Sauf que ça fait un an que je le fais et que cela ne gêne nullement mon travail (ça ne l’améliore pas non plus, taper une connerie sous Linux revient au même que d’en taper une sous Windows), et je bénéficie en plus de stabilité et sécurité accrues. Que cela soit en outre gratuit est un bonus non-sollicité, j’ai bien acheté Windows (plusieurs fois), Word et Excel (une fois chacun) sur mes propres deniers.

Sauf que, sur six critères pratiques, Linux gagne deux fois par KO et une fois sur décision d’arbitre.

Et sauf que, même s’il y a « Match nul » selon mes critères subjectifs dans trois domaines élémentaires (subjectifs aussi, choix juste basés sur les exigences d’un utilisateur professionnel), et une petite victoire de Linux sur Windows dans le SAV, les deux domaines où Linux domine Windows de la tête et des épaules - dans un environnement bureautique ! - sont suffisamment cruciaux pour justifier le choix de Linux si vous l’avez déjà fait, et pour envisager sérieusement de migrer si vous êtes encore sous Windows.

Et sauf que, paramètre volontairement écarté de cet article, Linux est libre. Linux ne vous surveille pas. Linux ne transmettra pas de données privées à des tiers à votre insu. Linux ne fait pas de DRM. Linux ne vous considère pas comme un criminel potentiel. Voilà c’est dit, c’était plus fort que moi !

[1] Par là j’entends : sans la dernière carte graphique qui tue, sortie il y a une semaine aux Etats-Unis. Par contre, si vous avez un ordinateur totalement atypique (Sun, Alpha, PlayStation (si, si), Indigo etc., vous pourrez y installer Linux, pas Windows. Même pas en rêve, comme dirait ma filleule)

[2] Vous avez d’ailleurs le choix entre plusieurs interfaces graphiques sous Linux. Vous pouvez même décider de n’en installer aucune, et de tout faire à partir de la « ligne de commande ». Mais dans ce cas, et dans le contexte de cet article, vous n’êtes pas un « utilisateur normal »

[3] Avec plus ou moins de réussite, mais c’est un autre débat

[4] Si cela vous amuse, voici mes « stats ».

[5] OK, là je dérape un peu dans une méchanceté peu objective, mais la mauvaise foi de ces « arguments » m’indigne, j’estime que cette hypocrisie est une insulte à l’intelligence des consommateurs.

[6] OS=Operating System, système d’exploitation

[7] « Care Desk est la réponse idéale aux besoins des utilisateurs. C’est une offre d’assistance téléphonique particulièrement dimensionnées pour les petites et moyennes entreprises mettant à leur disposition toutes les compétences techniques de Proxis Services pour les applications bureautiques et les systèmes d’exploitation », cf. site Microsoft

Commentaires

<< Poster un message >>
:: question :: précision :: avis :: commentaire :: bug ::

Un an avec Linux - Bilan , le 1er septembre 2007 par Ledidon (5 rép.)

C’est comme BipBip et le Coyote. BipBip gagne tout le temps car le scénariste est avec lui (tout article écrit sur Linux renvoie à cette situation). Oui, ce serait bien que Linux s’impose. Mais, pour l’instant, il ne peut pas, car la moindre installation d’un nouveau logiciel demande une journée (quand on y arrive). La meilleure solution pour faire avancer Linux serait d’accepter cette évidence et donc d’y remédier. But n°1 : qu’installer un nouveau logiciel devienne un acte simple.La couverture idéologique actuelle (le fameux windaube) dessert l’avenir de Linux. Windows s’est imposé car il a travaillé l’ergonomie de l’utilisation (devancé sur ce point à une époque par Mac). J’attends donc que Linux aille dans cette direction...

Un an avec Linux - Bilan , le 1er septembre 2007

Salut

Je ne veux pas être méchant, mais tu as visiblement un peu de retard. Si il est vrai que pour de trés rares soft cela pose problème, je peux t’installer un immense majorité de soft sous Mandriva en 2 clics et une poignée de secondes.

Il suffit juste de connaitre le nom du soft et c’est VRAIMENT plus simple que sous windows.

Amitiés de Corse

Un an avec Linux - Bilan , le 1er septembre 2007 par Ledidon

Oui s’il s’agit d’un RPM sous Mandriva. Mais, la procédure nette et sans bavure pour installer un programme sous forme d’archive tar.gz, alors là c’est une autre histoire ! Voulant installer Thunderbird sous Linux, j’ai cherché plusieurs jours sur internet vainement.Je ne parle pas de la vitesse d’installation avec un autre OS... Si...sur une page, il y avait : si vous trouvez le fichier "configure"... Rêve : je verrais chaque distribution mettre au point un système fiable d’installation des archives tar.gz.

Un an avec Linux - Bilan , le 1er septembre 2007 par alaingre

Bonjour ledidon

Tu as raison sur le principe : une distribution grand public doit permettre à un utilisateur "non spécialiste" d’effectuer avec simplicité ces trois types de tâches :

 >configurer sa machine
 >gérer ses périphériques
 >ajouter des logiciels

Ta malheureuse expérience : Voulant installer Thunderbird sous Linux, j’ai cherché plusieurs jours sur internet vainement me laisse deviner que tu n’as pas trouvé la version de linux qui pouvait te convenir. Il n’est pas interdit d’en essayer (et adopter) une autre.

Un an avec Linux - Bilan , le 1er septembre 2007 par Christian

Bonsoir Ledidon,

Pourquoi vouloir compilé Thunderbird ? j’imagine que la compilation doit être également difficile avec l’OS de Redmond ? j’utilise Linux depuis 2005 et j’ai compilé une fois par curiosité !

Pour installé Thunderbird avec Mandriva je me souviens qu’il fallait aller dans Gestion des Paquetages, installer des nouveaux paquetages, cocher la case Thunderbird et cliquer sur installer, ou un truc comme ça.

Avec Kubuntu, dans le menu K, en bas à gauche, Système, Mise à jour Adept - Gestionnaire de paquetages, mot de passe super utilisateur, sélectionner Thunderbird, Appliquer les changements.

Je ne comprend pas où se situe la difficulté !

Un an avec Linux - Bilan , le 8 juillet 2008

Il faut quand même comparer ce qui est comparable ... Les archives "tar.gz" contiennent le code source des programmes. Alors si tu critiques la compilation des sources sous linux, compare là avec la compilation des sources sous windows. Bien sûr, cela risque de ne pas d’être evident étant donné le nombre gigantesque de logiciels fournis avec les sources dans le monde de windows. Les .rpm ou les .deb sont à linux ce que les .exe sont à windows.

En tout cas, sous linux, on est pas obligé d’aller telecharger des logiciels (d’origine plus douteuse les uns des autres) un peu partout sur le net.

Pour finir ce qui est bien sous windows, c’est que les méssages d’erreurs enventuelement rencontrés lors de l’installation des logiciels sont tellement détaillés (ironie ...), que l’on ne cherche même plus à touver une solution.

Répondre à ce message

Informations complémentaires

À la une !

Framasoft soutient l\
Framasoft soutient l’April.
Et vous ?

Le « bouquetin intrépide »
est dans la nature !

OPEN WORLD FORUM 2008

Vous êtes libre ce soir ?

Informations générales

Lire en musique

Vavrek
Un artiste du Libre comme on aimerait en voir plus souvent
Télécharger au format Ogg
Creative Commons BY-SA

Juste une image

No title No title
Creative Commons BY