Une campagne publicitaire qui empiète sur le droit moral et les biens communs de la culture

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Petit retour sur la campagne Leclerc

21 février 2005, Hervé Le Crosnier

Je forwarde ici un message de précision d’Hervé Le Crosnier paru sur les listes espace et cc-fr (aKa)

Bonjour,

Attention, il ne faut pas prendre au pied de la lettre le caractère de "l’illégalité" de la pub de Leclerc qui n’est qu’un argument rhétorique dans mon texte. Celle-ci ne pourrait être dite que dans un procès, qui manifestement ne peut avoir lieu, les actions des associations en partie civile n’étant pas encore inscrites dans la Loi.

Ce qui est important, c’est "l’illégitimité" de cette campagne publicitaire en regard des oeuvres qu’elle utilise.

Le "droit moral" est quelque chose à manier avec précaution, au sens où les "travaux dérivés" sont une nécessité culturelle essentielle. Il ne faudrait pas non plus s’en priver.

La question que j’ai essayé de soulever dans ce qui peut être conçu comme un "détournement textuel" de la campagne Leclerc (je ne suis pas capable de détourner graphiquement, j’utilise mes armes personnelles :-)) est à triple détente :

- il y a clairement atteinte au "droit moral" car il s’agit d’utiliser dans l’exact contraire de leur sens premier des travaux artistiques. Cela me choque autant quand on utilise Picasso transformé en robot pour vendre des bagnoles (même si "légalement" sa fille a donné son accord !).

- les discoureurs sur le "droit d’auteur" plus prompts à dégainer quand il s’agit de monnaie sonnante et trébuchante, ont devant les yeux un autre aspect du Droit d’Auteur... et se taisent.

- l’exemple des travaux collectifs de l’Atelier populaire nous montre que la logique de donner des oeuvres à la société n’est pas un sous-produit de l’internet(logiciels libres, creative commons, libre-acccès à la science,...), mais bien une caractéristique de l’intervention culturelle dans le champ politique. Dès lors, la notion de "propriété intellectuelle collective", qui est en débat autour des savoirs des peuples indigènes concerne aussi nos sociétés riches : ce qui est collectif dans nos sociétés mérite d’être respecté (au sens du droit moral) autant que partagé (comme un savoir collectif).

Bon, j’ai forcé la dose pour que l’amertume du café réveille un peu les débats. C’est très bien. J’aime la provocation, même s’il faut tordre un peu le bâton. On fait de la science et du droit "pondéré" et au "juste milieu" quand il y a un milieu à construire, c’est-à-dire quand les messages ne vont pas tous dans le même sens (commercial) et que se dégage un espace de pensée plus large que ce qui serait au fond, après élaboration d’un "consensus" et inscription dans le droit, la voie d’équilibre que choisira la société.

L’affiche détournée dont parle Alexis va dans le sens "moral" de ce que faisait l’Atelier Populaire.

Romain m’indiquait que les affiches étant "libres", chacun, y compris Leclerc, pouvait en faire ce qu’il voulait.

Pour ma part, j’aurais tendance à penser que si les licences Creative Commons avaient existé en 68, l’Atelier populaire aurait choisi la licence "non-commercial". Au moins l’usage abusif de Leclerc aurait été patent, et celui sur lequel Alexis nous attire l’oeil, une oeuvre dérivée.

Mais on ne refait pas l’histoire, même si en détournant les affiches de l’Atelier Populaire pour une campagne publicitaire, Leclerc se permet le luxe de la ré-écrire. Mais celui qui tient l’argent et le pouvoir a toujours ré-écrit l’histoire.

Aujourd’hui, le pouvoir, c’est le commerce et son industrie de la propagande. Alors je "resiste" en rappelant que l’Histoire commune a un sens, et n’est pas seulement une production d’icones que le marché pourrait recycler.

Hervé Le Crosnier

Ce texte est en licence creative commons by-nc

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