La cause des biolinuxes, et autres innovations d’intérêt général

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29 juin 2005, Manu21

Bonjour, une contribution pour faire le lien avec les approches autour du patrimoine commun. Ci dessous, un article d’Henry Ollagnon :

Le développement durable : réponse à la crise environnementale

La notion de développement durable s’impose autour des années 1990. Au niveau mondial et local, au Nord et au Sud, il faut concilier les exigences de l’environnement et celles du développement économique et social. Dessein plus que procédure rigoureuse de décision publique ou privée, cette notion d’inspiration scandinave (rapport Bruntland), pétrie de culture et de pratiques de médiation et d’action en commun, qui fondent la gestion de proximité du Nord de l’Europe.

Pour les pays de droit écrit, comme la France, le développement durable est apparu comme une notion étrange. « Mot-valise », vide de contenu mais qui prend le sens que veulent bien lui donner les acteurs concernés, dans une situation donnée. « Cheval de Troie » dans les affaires nationales ou locales, publiques ou privées, qui permet à quiconque de les soumettre à la question de la « soutenabilité », dans un contexte de mondialisation accrue. Cette notion introduit une sorte de « dérégulation » des catégories et les habitudes de pensée et d’action qui fondaient, jusqu’alors, la vie économique et sociale des nations, des entreprises, des institutions et, donc, des territoires. Il a ainsi fallu, en France, quelque temps pour que les entreprises, les corps sociaux, les institutions prennent la mesure de ce que le développement durable pouvait receler de changement dans les façons de penser et d’agir des acteurs publics et privés.

Cette notion de développement durable évolue. C’est une réponse à la dégradation de l’environnement, par une société et une économie trop sûres d’elles-mêmes, celle de la deuxième partie du XX siècle. Aujourd’hui, c’est au cœur de l’économie et de la société que se pose la question du développement durable. L’accident de Tchernobyl et ses conséquences sur les territoires contaminés, la crise de la vache folle, la dégradation de l’agriculture, les inquiétudes sur l’alimentation, les avancées du génie génétique, les préoccupations de sécurité, la dégradation de l’ambiance des villes et des territoires font surgir une crise de l’intérieur, celle du vivant dans la société.

En France, les entreprises, les institutions, les corps sociaux ont cru possible un aménagement à la marge du mode de connaissance et d’action existant, à base de normes, de fiscalités et d’aides spécifiques, capable d’intégrer un minimum de protection de la nature. Aujourd’hui, chacun perçoit que la crise de la gestion du vivant sera une crise du mode de connaissance et d’action qui fonde l’économie et la société. Dans la conception grecque de la crise ( krisis : « le moment où change le cours des choses »), ce terme n’est ni négatif ni positif, il laisse au contraire la place à des démarches constructives de développement durable.

Les crises du vivant : une autre approche du développement durable

Il est important de comprendre que cette déstabilisation du vivant a plusieurs aspects dont le plus important est l’émergence de la complexité qui bouscule notre culture, notre façon de poser des problèmes. Nous avons construit depuis peut-être 5 000 ans avant le Christ, avec l’Etat, un mode de réduction légitime du complexe à la fois scientifique, économique et juridique qui est imposé par des catégories que nous reconnaissons tous et avec lesquelles nous travaillons.

Or, les catégories de l’économie, de la science, du droit sont déstabilisées par ces réalités du vivant qui les traversent. Elles constituent en quelque sorte un mode de réduction légitime du complexe, et la crise survient comme l’irruption de la complexité naturelle, artificielle et humaine. C’est notre mode de compréhension et de prise en charge du vivant qui est déstabilisé. Les problèmes du vivant génèrent en nous une perception intime des questions du vivant, par laquelle nous accédons, dans une certaine mesure, au complexe, et qui se heurte au mode de connaissance et d’action par lequel nous conduisons notre action dans les entreprises, les institutions et dans la société. Chacun se sent concerné en tant que personne dans son rapport à soi, au vivant et à la société. Mais comment avoir prise sur les processus en cause ? Chaque problème du vivant s’inscrit dans une ou des entités au sein desquelles les multiples acteurs concernés vont former une sorte de complexe multi-acteurs, à la source du problème et au coeur de la solution. Malheureusement, nous ne savons identifier facilement ni le problème, ni les entités, ni les complexes multi-acteurs en jeu !

Le saurions nous, encore faudrait-il qu’émerge dans chaque entité du vivant concernée, un dessein commun effectivement pris en charge par tous les acteurs concernés. Cette question relève à l’évidence du politique, au sens le plus noble. Mais comment faire émerger cette implication politique, sans réunir les conditions et les moyens de rencontre, de négociation permettant l’émergence d’un tel dessein commun. Faute de ces conditions et moyens, c’est le désinvestissement des réalités du vivant, des réalités complexes et multi-acteurs qui peut s’avérer durable.

La gestion du vivant : chemin du développement durable

La question du vivant est peut-être l’occasion de refonder le développement durable, en refondant progressivement le mode d’agir et de vivre ensemble.

Quatre objectifs clefs qui sont à notre portée pour refonder la gestion du vivant.

1. Considérer ensemble ce qu’est le vivant, dans toutes les dimensions importantes pour chacun des acteurs concernés, de façon à construire une representation acceptable par tous de la « qualité totale du vivant ». Faire en sorte que nous ayons des outils qui permettent de faire se rencontrer les intelligences singulières pour qu’ils viennent en synergie sur une conception riche qu’est le vivant. On ne peut pas s’en tenir à une vision réductrice d’un vivant biologico-écologique. Il faut que l’intelligence de tous ceux qui prendront en charge le problème puisse être prise en compte. Il faut une démarche proactive qui va vers les acteurs concernés si on veut qu’ils s’engagent.

2. Le maintien des qualités du vivant n’est possible que si elles sont activement prises en charge par l’ensemble des acteurs concernés, ce qui suppose, aujourd’hui, qu’elle deviennent leur patrimoine commun local d’intérêt général. Nous sommes dans un système patrimonial d’appropriation et de compétences publiques et privées, où chacun est dans sa boîte de responsabilité et tout ce qui n’est pas individuel est collectif, ou n’existe pas ! Or, depuis un certain nombre de siècles, l’histoire de la gestion du vivant française peut s’interpréter comme celle d’une combinaison gallo-romaine de deux modes de prise en charge. D’un côté, le monde local « gaulois » prend en charge, dans la proximité, les réalités « trans-appropriatives » du vivant, en patrimoine commun local, qui traversent les appropriations locales sans les déstabiliser. De l’autre, un monde urbain « romain », dans lequel elles sont prises en charge de façon appropriative, dans les catégories universalistes du droit de l’économie et de la science. Aujourd’hui, en France, cet équilibre est largement rompu, dans les territoires ruraux comme urbains (ambiance, sécurité,..). Nous n’avons plus qu’une prise en charge en « boîtes publiques et privées ». Pour les protéger et prendre en charge des réalités complexes de plus en plus nombreuses, une voie, à la fois inscrite historique et innovante est possible. C’est celle des stratégies de prise en charge en patrimoine commun local d’intérêt général. "Commun" signifie que chacun est co-acteur de la prise en charge, au niveau local et au niveau global. « Intérêt général » suppose que chacun s’accorde sur le dessein d’intérêt général à la prise en charge duquel il participera, par son action propre.

3. Pour prendre en charge le vivant dans cette communauté patrimoniale, il faut établir une gestion par objectif de qualité, soit une gestion en permanence centrée sur ce qui est en train d’advenir. Le vivant, ça bouge, ça vit, ça meurt, le vivant c’est nous, nous sommes la nature, il est illusoire de penser traiter de vivant avec des outils fixes. Seules des démarches en « pilotage en commun » permettront d’apporter des réponses innovantes à des problèmes non prévus. Un telle gestion par objectif de qualité doit être réaliste. La gestion du vivant est l’occasion de recréer du lien volontaire de très haute qualité, dans les entreprises, les institutions et les territoires.

4. Tous les acteurs, élus entrepreneurs, associatifs, concernés par ces réalités complexes et multi-acteurs sont face à un réel objectif : prendre des initiatives. La question de fond est de permettre une prise d’initiatives stratégiques, pour identifier les problèmes complexes et multi-acteurs qu’ils vivent et pour les résoudre. Pour cela, il me paraît nécessaire de mettre à leur disposition des procédures stratégiques standards contractualisables, mises en œuvre par des professions nouvelles. Cette logique contractuelle au service des personnes publiques ou privées pour explorer ces situations et construire des solutions adéquates me paraît être une voie d’adaptation de notre culture nationale et de son repositionnement mondial. Le mode de développement durable :un choix politique de société.

La gestion du vivant peut nous permettre de découvrir des voies nouvelles pour le développement durable, voies humanistes, qui, de l’intérieur de chacun d’entre nous, nous amènent à une implication jusqu’au niveau mondial. Je vois 5 points importants :

1. D’abord, identifier et résoudre les problèmes les plus importants que l’on vit aujourd’hui ou que l’on pourrait vivre demain. Aussi, il est nécessaire de se familiariser à des démarches paradoxales conduisant à sécuriser les appropriations publiques et privées, pour permettre l’émergence d’une prise en charge « trans-appropriative » en patrimoine commun, dans un dessein partagé, réaliste et légitime ! Les réalités du vivant peuvent ainsi devenir des « cas d’école » pour le développement durable.

2. Une responsabilité politique de facilitation doit être assumée et fondée de façon légitime et efficace. Aujourd’hui, l’homme politique est au premier rang de ceux qui peuvent permettre l’éclosion d’une telle prise d’initiative et donner aux acteurs de la société locale, nationale, internationale, une sorte de quitus de légitimité. Dans une société démocratique, il est jugé, par l’élection, sur la qualité de ce quitus. On a donc un système de bouclage de la responsabilité. D’ailleurs, avant de devenir par la force des choses, entrepreneur, économiste et maintenant juriste, l’homme politique, d’il y a 50 ans avait l’autorité d’un faciliteur local. De quoi appuyer la modernité sur la tradition républicaine !

3. Pour permettre un processus de développement durable au niveau local et planétaire, il faut de « l’énergie constructive ». Il est préférable de susciter l’implication patrimoniale des hommes, de les inciter à devenir « co-créateurs » de la biosphère, de susciter et d’organiser sa prise en charge patrimoniale au niveau local et mondial, plutôt que de lutter contre les défauts par la norme. C’est donc un enjeu majeur que de fonder le développement durable sur cette notion clé de patrimoine commun local d’intérêt général étendu au niveau planétaire. Le développement durable sera patrimonial ou ne sera pas.

4. Aujourd’hui, se construit l’organisation planétaire de l’humanité et, parallèlement, le positionnement non seulement des hommes mais aussi des idées, des valeurs. Une notion très importante est en train de prendre sens, celle de patrimoine commun de l’humanité. Les catégories universalistes sur lesquelles s’est constituée la société française sont une chance et un handicap. Le handicap est notre approche cloisonnée et parcellisée des problèmes. Notre chance, c’est l’idéal personnaliste des droits de l’Homme et l’art de vivre et de travailler ensemble. Nous pouvons actualiser nos catégories universalistes tout en répondant positivement aux problèmes complexes et multi-acteurs que pose, et posera de plus en plus, la gestion du vivant. La façon dont se construit l’humanité au niveau mondial est modestement la nôtre. Or, au niveau mondial, le mode de développement durable sera le fruit d’un processus de choix de société, d’essence socio-politique. Différentes voies de développement durable peuvent satisfaire un très grand nombre de personnes sur le plan de l’écologie, de l’économie et même de la vie sociale, sans répondre pour autant à leurs aspirations à être « co-créateur » du monde et de soi-même. Cette aspiration, nécessaire pour résoudre certains problèmes, est en soi un projet d’humanité.

5. Enfin pour conclure, cette conciliation active de nos valeurs universalistes de liberté, d’égalité, de fraternité avec la réalité des processus intégrateurs du vivant est une épreuve. Il y a une certaine irréversibilité des processus du vivant. Si les ours Pyrénéens disparaissent, ils ne seront définitement plus là. Si on a fait des mauvais choix en matière d’alimentation, d’énergie, de gestion du territoire, on les subira. Il y a donc d’un côté nos valeurs et de l’autre les réalités du vivant qu’il nous faut harmoniser. Je crois qu’il faut anticiper, et c’est la question que se pose la société. Et il ne faut pas être grand clerc, pour constater, dès à présent, que nous sommes au cœur d’une mutation patrimoniale.

Henry Ollagnon est un des promoteurs de l’enseignement de la gestion du vivant et des stratégies patrimoniales à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon. Il est consultant auprès de l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn.

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