Le logiciel libre : avant-garde révolutionnaire ou ghetto communautaire ?

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"Bien choisir son titre est tres important" (c) Framasoft

16 octobre 2004, Antoine

Il est difficile de répondre à un article au titre aussi manichéen. Pour tout dire j’ai envie de m’arrêter au titre car il semble comporter tout entier le message de l’auteur.

D’abord l’opposition. Le logiciel peut être soit un ghetto, soit une avant-garde. Evidemment, les gens ouverts et progressistes ne peuvent pas se satisfaire d’un « ghetto », donc ils se doivent de choisir l’avant-garde : j’imagine que c’est l’expression implicite du parti-pris de l’auteur. Si vous pensez qu’il y a autre chose à voir, vous vous trompez à coup sûr, puisqu’on vous dit qu’il n’y a que cela.

Le ghetto communautaire. Le logiciel libre se développe depuis des années en agrégeant sans cesse des personnes d’origine différente dans une communauté plurielle, mouvante, décentralisée et informelle. Tout le contraire d’un ghetto, donc.

L’avant-garde révolutionnaire. Une avant-garde est un détachement d’un mouvement de masse qui a pour but de défrayer et d’éclairer des secteurs hostiles pour laisser plus tard la place au gros du mouvement. Historiquement, les avant-garde n’ont pas un sort très enviable une fois que le mouvement de masse a réussi sa stratégie de conquête : elles gênent et sont démantelées voire éliminées (voir par exemple les SA sous Hitler ;-)).

Donc, on propose au logiciel libre de jouer le rôle d’« avant-garde » pour un mouvement d’ailleurs pas très bien défini, mais qui semble concerner la liberté d’accès au savoir. C’est oublier que le logiciel libre est un mouvement à part entière, qui réalise concrètement son propre projet depuis des années ; et ce projet, distinct de celui du libre accès, est celui de la coopération et du travailler ensemble. Le logiciel libre se dote pour cela d’outils plus rigoureux, à savoir les licences dites libres (selon la définition communément admise à la fois par la FSF, par Debian, par l’OSI et par l’ensemble de la communauté du libre), et ni la simple liberté d’accès ni une liberté de redistribution discriminatoire ne sauraient être suffisantes pour satisfaire à ces exigences (pour un exemple récent, voir la discussion autour de la licence du CD-ROM Apollo History).

Ce projet global du logiciel libre existe depuis des années et n’a pas entendu les inquiétudes grandissantes au sujet du renforcement répressif des législations autour de la « propriété intellectulle », de la main-mise de multinationales sur le savoir collectif, et des entraves faites aux nouvelles forms d’accès à la culture. Cela n’empêche pas ces deux mouvements de travailler main dans la main quand il le faut (cf. EUCD.info animé en grande partie par la FSF France et soutenu par la communauté du libre), mais cela ne fait pas du logiciel libre une avant-garde, c’est-à-dire une annexe. Il y a des exemples de projets autonomes qui survivent à la disparition des mouvements de masse qui portaient des idées proches des leurs : par exemple les kibboutz (notons que le logiciel libre opérant dans le monde immatériel, les contraintes géographiques et physiques sont levées ce qui démultiplie son potentiel de tissage par rapport aux kibboutz). L’autonomie de ces projets se fonde sur la légitimité liée à l’action, et on est en plein dans le cas du logiciel libre, où le faire est plus important que le dire (« show me the code ») : le logiciel libre est de facto opérationnel, ce qui le rend non seulement beaucoup plus robuste, mais fondamentalement différent des mouvements focalisés sur le discours.

On terminera en disant que le projet du logiciel libre est en réalité beaucoup plus « révolutionnaire » que celui du libre accès, et que les Creative Commons ont usurpé leur nom puisqu’une licence « non-commerciale » ou « sans oeuvres dérivées » est déjà une appropriation, car elle m’interdit de produire à égalité avec tout le monde : il n’y a donc pas réellement de « communs » sur lesquels chacun peut « créer » librement (contrairement aux « communs » originels dont chacun pouvait tirer profit pour sa production sans que les autres en soient exclus). En ce sens, les véritables Creative Commons sont... les licences du logiciel libre.

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