linux = mauvais, ou le troll de l’été ?

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longtemps je me suis couché tard

10 mai 2006, Jean-Marc

Bien. Voyons un peu. Nous sommes manifestement ici à une frontière. La différence entre ceux qui idolâtrent linux comme Jazzride et la bande qui semble très en colère passe par une idée simple... "peut-on ou pas critiquer linux ?"

En fait il semble que ceux qui sont si en colère le sont PARCE QU’ILS CONNAISSENT BIEN ce système. Pourquoi linux, une belle idée qui aurait tout pour fédérer, peut-il provoquer de telles colères ? Je crois que c’est parce que Linux montre en pleine lumière à tous ceux qui l’approchent le point précis où le bât blesse vraiment dans ce petit monde où nos fantasmes ont grandi ces dernières années : nous voulons du plaisir et il ne sait pas nous en donner.

Distrowatch promet à tous "Reprenez du plaisir en informatique : utilisez Linux". Eh bien je vais essayer de vous dire... La frontière est venue tout doucement entre ceux qui cherchent un médiacenter pour toutes les nouvelles formes de la communication (photos, musiques, messagerie etc) et ceux qui étaient bouleversés quand un code bien écrit ou un soft bien piloté pouvait tomber un boulot qu’ils n’auraient jamais pu faire à la main, ni si vite, ni si bien...

Quand je développais sous l’AGL Guru (entre 88 et 93) en surcroît de mes responsabilités de cadre et de consultant, nous faisions cracher à des 286 (oui des intel 286 à 12 Mhz) des quantités invraisemblables de traitements de données. Des traitements pertinents qui nous aidaient fantastiquement dans le boulot que nous devions abattre. Produire des travaux d’analyses de toutes natures administrative, économique, sociale, financière et même parfois juridique ;-) Jazzride qui devaient être exactes dans les chiffres, vastes dans les références, exhaustives dans les incidences, percutantes dans la forme...

Quand les résultats de recoupement de données tombaient, on pouvait les passer avec nos commentaires et notes de synthèse à la secrétaire qui avait un 386 ( !) avec Windows 3.1 et un Word 2 qui allait mettre tout ça en forme sur une des toutes premières imprimantes laser. On passait les données par un laplink câblé en permanence entre les bureaux. On le lançait sous dos sur nos machines et dans une fenêtre dos avec un ".pif" sur la machine de la secrétaire. Tout ça marchait au poil. On avait aussi un BBS et un serveur minitel sur RTC pour les accès externes, le tout avec des modems V23 (1200/75 bauds).

Quand un collaborateur avait besoin d’un outil un peu spécial je lui sortais une petite appli dédiée codée avec Visual Basic 1.0 destinée à tourner sur le 386 ! Par contre pour la musique nous avions des grosses radios stéréo avec des doubles cassettes - et voilà le peer to peer ! Personne n’aurait rêvé de regarder de la vidéo sur un ordi. Pas plus que d’avoir accès au monde entier en multimédia... Mais on attaquait des problèmes incroyables avec un taux de réussite sans égal. Ce qui fait que quand l’extension MPC de Microsoft est sortie fin 93 après les travaux préparatoires qui avaient été faits par IBM avec sa tentative dite "unimédia", suivie par la brouille IBM / Microsoft, j’ai aussitôt eu un des premiers PC 100 % mutimédia avec un kit Creative Labs qui m’avait coûté la peau des f... et mon premier 486 DX2 pouvait désormais numériser la vidéo analogique et recracher du MPEG 1 avec bande son séparée, synchronisée avec timecode ou de l’AVI complet... Au passage, les premières interfaces vocales vers Windows (toujours 3.1) étaient opérationnelles bien qu’oubliées aujourd’hui et les premiers synthétiseurs vocaux permettaient de faire parler une appli quelconque - même une appli perso. Le niveau du saut technologique était donc ENORME. Et je m’en souviens comme un régal. A l’époque on se réjouissait que Bill Gates ait réussià empêcher IBM de devenir le Big Brother qui aurait imposé ses standards mal foutus et ruineux au monde entier !!! On bénissait Bill Gates ! La norme MPC avec Visual Basic 3.0, plus une API de Windows complètement transparente allaient PERMETTRE à l’informatique personnelle d’exister et à d’innombrables home developers de faire des prodiges...

Je sais que je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans etc mais en fait la frontière est un principe : le principe de PLAISIR et la joie de mettre "la poignée dans le coin" avec la technologie... Pas se faire traire par les nouveaux machins : les maîtriser, obtenir vite et bien un résultat bandogène et pas en prendre plein la gueule, même si c’est pour pas un rond. A l’époque dont j’ai parlé tout était déjà en place... Unix filait son train de son côté dans des sphères immarscessibles tandis que DOS, ici et là pour les millions d’entre nous, faisait SON BOULOT : bétonné, toujours plus efficacement et le plus souvent d’une façon si satisfaisante qu’on pouvait se reconnaître à une chose "Longtemps je me suis couché très tard" ou à une autre "ma femme fait une gueule pas possible à cause de l’ordinateur"... Les applis faisaient des merveilles et Turbo Pascal faisait le reste ! Du plaisir vous dis-je ! Une ou plusieurs victoires par jour. Pas une semaine sans un progrès. Des softs qui tenaient sur des floppies 360 Ko et qui vous scotchaient au mur !

Alors je sais, le problème pour certains c’est que tant de bon boulot pendant si longtemps et c’est un empire bien gagné qui s’est construit pour l’OS de Redmond grâce à nos victoires empilées sur le travail de chacun au cours de ces 15 dernières années... Pour certains ce n’est pas sensible car pas vécu. Pour d’autres dont je suis c’est évident. Alors le plaisir a-t-il été confisqué par Windows ? Je ne crois pas. Il a été élargi à d’autres utilisateurs qui n’ont pas besoin de travailler avec leur ordi ou même que le travail bien fait ne fait pas frissonner de plaisir. Aujourd’hui on demande à son PC d’être un médiacenter : le point focal de toutes sortes de consommations.

Alors Linux aurait-il pu être un renouveau : une nouvelle source d’étonnement, de productions d’outils personnels, de réalisations artisanales qui transforment le quotidien et vous donnent l’impression de maîtriser l’outil, d’être aux commandes de vos idées ?... Un frisson de réussite par jour, une grande victoire par semaine ? Une passion pour son outil ? Une appropriation et en même temps un partage ? Une joie de la performance intellectuelle ?

Eh bien je crois que certaines fois, oui nous l’avons ressenti. Un peu. Souvent pour une mauvaise raison : celle du fou qui s’arrête de se taper sur les doigts pour savourer le mal qui s’arrête ! Le reste du temps, nous - je dis nous car nous sommes plusieurs - en avons pris plein la gueule. L’expérience ne servant plus à rien, l’esprit de logique et la curiosité battus en brèche par des solutions informatiques tout simplement mauvaises. Mal foutues, en retard de quelques siècles au regard de l’évolution de l’autre monde. Normal, quand on sait ce qu’on pouvait tirer de Windows 3.1 en 89, qu’un XP de 2006 soit bien de son époque... Pourquoi rouler en Juva 4, en Ford T ? Pourquoi se faire ch... avec des trucs de 1972, que les universitaires de l’époque détestaient déjà...

Alors je crois qu’il est permis de détester cordialement Linux car c’est peut-être ce machin sans auteur repérable qui se réfugie dans la complexité et se cache sous des dehors esthétiques (X windows managers très beaux mais pourris dès qu’on s’en sert vraiment à fond - interfaces invraisemblables, commandes aberrantes, réglages impossibles, /etc /etc /etc /etc) Au point qu’on a vraiment envie de tout jeter et qu’on se prend à détester vraiment ce qui vous prive à ce point de vos anciennes satisfactions. Une technologie si mal embouchée qu’elle remplace la vue du paysage par la vue sur le doigt en train de montrer le prospectus en train de montrer le paysage... Un truc qui a surtout fait vivre confortablement les auteurs de livres de conseils ou les journalistes spécialisés.

Je veux dire par là que Linux est biaisé. Il est encore plus biaisé hélas que les produits issus du DOS ne le sont par les profits de Microsoft. Linux est biaisé parce que des communautés inaccessibles créent une tentation, un appétit, une curiosité qui ne peut pas aboutir à une vraie satisfaction. Car ce n’en est pas une suffisante à mon sens de se flatter d’avoir en 2006 un traitement de textes pour sa thèse et un outil d’enregistrement pour son jazz perso dans une même babasse. Ce n’est pas la science-fiction que nous voulions en rêvant de l’an 2000 et ce n’est pas non-plus cette inaccessible et virtuelle communauté dont nous rêvions quand nous souhaitions "tisser entre nous ces liens invisibles, ces liens incassables" qui font qu’ici et là on se reconnaît, on se sourit, on s’entraide... Ce n’est pas dans les ravins boueux du "Salaire de la Peur", charriant de la nitroglycérine, que je rêve de vous rencontrer.

Nous avions rêvé de beaux paysages. Ce ne sont pas les outils neufs vendus par nos anciens fournisseurs qui nous en privent : ce sont les vieilles lunes de notre besoin d’utopie qui nous égarent sur des chemins frustrants. Voilà pourquoi en ce qui me concerne, je déconseille de perdre du temps dans le monde de linux, tout en vous remerciant de m’avoir suivi jusque là.

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