Microsoft tente d’intimider le gouvernement brésilien

C’est un mouvement qui à l’évidence se généralise : de plus en plus de gouvernements se tournent vers les logiciels libres. Alors que le géant Microsoft exerce encore dans le monde de l’informatique un monopole sans aucun équivalent dans d’autres secteurs économiques, on peut aisément comprendre que cette vague « émancipatrice » ne soit pas du goût de ses dirigeants, et qu’ils tentent de l’enrayer par tout les moyens en s’attaquant aux entreprises rivales, bien sûr, mais aussi aux gouvernements des pays qui auraient l’outrecuidance d’équiper les ordinateurs de leurs administrations avec autre chose que Windows.
Un précédent célèbre avait déjà opposé la multinationale aux autorités péruviennes. La réponse du député Nunez est à ce titre un parfait exemple d’argumentaire en faveur de l’utilisation des logiciels libres dans les administrations publiques [1].
Aujourd’hui, c’est Sergio Amadeu, responsable de l’implentation des logiciels libres dans l’administration brésilienne, qui subit les foudres juridiques de la multinationale. L’article ci-dessous est la traduction de la nouvelle parue le 15 juin 2004 sur le site Software Livre, un groupe non gouvernemental qui réunit au Brésil pouvoir public, universités, entreprises, utilisateurs et hackers dans la défense et la promotion des logiciels libres.
Incommodée par la politique de promotion du Logiciel Libre du gouvernement brésilien -qui est en train d’en finir avec la *réserve de marché* de Microsoft dans le domaine de l’achat de programmes équipant les ordinateurs gouvernementaux- l’entreprise lance une offensive en vue d’intimider le gouvernement brésilien.
En pleine semaine du plus grand événement consacré au logiciel libre en Amérique latine et un des plus importants dans le monde, le président de Microsoft Brésil, Emilio Umeoka, lance une tentative d’intimidation, déclarant que la décision du gouvernement brésilien appuyant le Logiciel libre dans le secteur public est influencée par l’idéologie
. Le vendeur de la mega-entreprise-monopolisatrice, Mr Umeoka, va plus loin en affirmant que la décision souveraine de notre gouvernement, légitimement élu, peut mener le pays dans la mauvaise direction
. La bonne, selon le vendeur, serait sans doute de maintenir la *réserve de marché* publique pour Microsoft, afin de grossir les poches de l’homme le plus riche du monde, et que l’on continue à envoyer, annuellement, des milliards de dollars à l’extérieur, sous forme de payement de royalties, dans un pays où 22 millions de personnes ont faim et 46 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté.
La recherche d’alternatives pour notre développement, initiée par le gouvernement à travers le pari d’un nouveau modèle de marché basé sur le Logiciel Libre et ouvert, reçoit un ample soutien des petites et moyennes entreprises nationales qui sont actives sur le marché de l’informatique, et même de grandes entreprises internationales comme SUN, IBM, et HP, qui investissent lourdement dans le domaine. De plus, cette politique a un fort soutien du parlement, à travers Le Front Parlementaire pour le Logiciel Libre et l’intégration numérique, mené par le Président du Congrès National du Brésil, le sénateur José Sarney, et par Mme la sénateur Serys Slhssarenko, avec les députés Walter Pinheiro et Sergio Miranda. C’est l’un des plus importants Front du Congrès National !
Mais dans la semaine où les média du monde entier exaltaient positivement les initiatives de notre pays, par la réalisation et par le contenu des débats du cinquième Forum International du Logiciel Libre à Porto Alegre, le journal The New York Times, encore une fois, au lieu de couvrir « journalistiquement » cet événement positif, a préféré faire de la « publicité » aux déclarations « patriotiques » du fonctionnaire de Microsoft, Mr Emilio Umeoka, critiquant les initiatives brésiliennes : d’ici 10 ans, nous aurons une position dominante sur quelque chose d’insignifiant
.
Pratique d’intimidation
Nous tous savions que Microsoft n’admettait pas de perdre et était contre la libre concurrence, mais le géant a marché sur le ballon et a dépassé les limites de l’acceptable cette semaine. Dans une évidente tentative d’intimidation lancée par le géant contre le gouvernement du brésil, l’entreprise monopolisatrice a intenté un procès criminel contre la plus haute autorité du gouvernement brésilien en charge de l’implantation des logiciel libres, Sergio Amadeu, Président de l’ITI [3]. L’autorité brésilienne a en effet reçu la notification de l’ouverture d’un procès criminel mené par l’entreprise contre les déclarations de celui-ci dans l’hebdomadaire Carta Capital [4], où il aurait dit que la donation de logiciels aux gouvernements est une pratique semblable à celle des trafiquants. Cette déclaration, attribuée par la revue à Sergio Amadeu, n’est pas originale. Le président de SUN et plusieurs activistes du mouvement Software Livre utilisent cette analogie : la première dose de logiciel propriétaire distribuée gratuitement est comme une drogue, après avoir créé la dépendance des utilisateurs l’entreprise commence à facturer
.
Mais pourquoi le procès a-t-il été intenté uniquement à l’autorité brésilienne ?
De plus, l’entreprise veut que Sergio Amadeu explique pourquoi, dans la revue, il qualifie la stratégie commercial de Microsoft de FUD [5] dirigé vers le marché du Logiciel Libre. Cela aussi n’est pas une nouveauté. Une semaine avant, une déclaration intitulé Déclaration de Barcelone pour l’avancement du Logiciel Libre (Pt), signée par plusieurs expert internationaux, entre autre Manuel Castells et Vinton Cerf, l’un des créateurs d’internet, remarquait déjà ce point : le Logiciel Libre doit travailler fermement pour combattre les techniques de FUD qui sont utilisées contre lui
.
Mais pourquoi le procès a-t-il été intenté uniquement à l’autorité brésilienne ?
La réponse est simple. C’est une tentative limpide d’intimider les actions du gouvernement brésilien [6]. Cette initiative de Microsoft mérite d’être répudiée par la communauté internationale. Nous devons, plus que toujours, être solidaire et aider notre pays sur la route de l’indépendance technologique [7].
[1] Voir le dossier complet établit par l’AFUL : Proposition de loi pour les logiciels libres dans l’administration au Pérou. NdE.
[2] Forum international du logiciel libre. NdE.
[3] Institut National de technologie de l’information. NdE.
[4] Voir l’article incriminé : O pingüim avança (Pt). Voir aussi le communiqué de presse de l’ITI annonçant la procédure judiciaire à l’encontre de son président : Multinacional processa presidente do ITI (Pt). NdE.
[5] Peur, incertitude et doute. Technique de désinformation qui consiste à émettre un doute sur l’efficacité, le sérieux ou la stabilité d’un produit concurrent pour instiller la peur et l’incertitude chez les clients potentiels. Voir aussi le fud expliqué au newbie. NdE.
[6] Notre gouvernement devrait aussi penser à affûter ses arguments juridiques ;-), puisqu’un ministre estime que Microsoft doit devenir un fournisseur de logiciels parmi d’autres
. NdE.
[7] Voir la pétition de soutien à Sergio Amadeu (en français). NdE.
Commentaires
<< Poster un message >>
:: question :: précision :: avis :: commentaire :: bug ::
Informations complémentaires
À la une !
Commission européenne ?
Autres articles...
Informations générales
Lire en musique
- Hybris
- Un jeune groupe de Darkwave-Gothic-Metal allemand
- Télécharger au format MP3
- Creative Commons BY-NC-ND
Sur le Framablog
Juste une image
Let me be the man I am [# 8]- Creative Commons BY






