• Auteur : Rui Nibau (RNB)
  • Date : 17 avril 2003 (17 décembre 2004)
  • Licence : Creative Commons BY-NC-SA link_license

Framasoft contre-productif ?
ou le meilleur des (deux) mondes

Les succès du logiciel libre sous Windows ne vont-ils pas finir par remettre en cause la salutaire migration vers Linux ? Et dans ce contexte, un site comme le notre ne manquerait-il pas l’un de ses principaux objectifs ?

C’est en tout cas l’hypothèse de Rui Nibau, fidèle visiteur du site, et ça n’est pas peu dire que c’est un sujet qui nous turlupine depuis quelques temps à Framasoft (depuis la création du site en fait).

N’hésitez pas à laisser votre avis en participant au forum attaché à cet article qui se trouve en bas de page.

Sur ce même sujet, qui décidément fait débat, lire aussi ces deux points de vue diamètralement opposés :

Je sais, je sais, le titre est un brin provocateur. Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux animateurs du site, qui offrent un service inestimable (et bénévole) aux internautes : je ne parle pas uniquement des annuaires de logiciels libres et gratuits, mais aussi (et surtout) de la somme d’informations mise à notre disposition via les tutoriaux et les liens que je ne me lasse pas de parcourir. Cette accroche est juste une ruse de titraille dont les journalistes usent (et abusent - comme moi ici même) pour attirer l’attention.
Attirer l’attention sur quoi direz-vous ? Et bien sur une curieuse idée qui a peut-être - sans doute - déjà traversé l’esprit de certains d’entre vous, qui m’a en tout cas interpellé, et que je traduirais par l’hypothèse suivante : la promotion des logiciels libres sous Windows ne serait-elle pas un sacerdoce à double tranchant ? Autrement dit : n’y aurait-il pas contradiction entre la défense du libre sous Windows et l’incitation à migrer vers un système d’exploitation Linux ?

Je m’explique.

Première étape réussie

La philosophie de Framasoft pourrait se résumer ainsi (corrigez moi si je me trompe) : faire découvrir l’étonnante diversité et les potentialités des logiciels libres, qui rivalisent, et parfois surpassent, les logiciels propriétaires. Avec, en ligne de mire, et comme l’indique le nom d’un des trois forums proposés sur le site, le passage de Windows à Linux.
L’utilité d’une telle démarche est évidente, et se justifie pleinement. Trop de gens pensent encore qu’il n’existe rien en matière de traitement de texte en dehors de Word, ou croient qu’Internet est forcément synonyme d’Internet Explorer. Lorsque vous avez la (presque) totalité des ordinateurs grand public vendus avec des outils bureautiques et internet Windows pré-installés, cette attitude est aisément compréhensible. Le citoyen lambda qui vient d’acquérir un PC familial, sans connaissances informatiques particulières, n’a aucun moyen de savoir que la réalité est tout autre, et considèrera que, puisque ces logiciels pré-installés sont les plus utilisés à travers le monde, c’est certainement qu’ils sont les meilleurs, et que s’il existe des concurrents, ils ne doivent pas leur arriver à la cheville. Ce n’est qu’après avoir écumé pendant un certains temps la toile mondiale, suivit quelques liens pertinents, lus des articles ou discuté avec des personnes un peu mieux informés, qu’il découvrira un autre monde, celui du logiciel libre.
Framasoft est le genre de site qui contribue à cet "éveil", cette éducation, et comme je l’ai dit plus haut, rien que cela justifie amplement sa raison d’être. Mais poursuivons notre petit jeu de rôle, et essayons de comprendre quel pourrait être le comportement d’un nouvel utilisateur de PC qui découvre ce continent mystérieux dévoilé par le site. Il teste les logiciels libres, les trouve performant et "compétitifs". Alors c’est décidé : il n’achètera pas la prochaine version de Microsoft Office à plusieurs centaines d’euros, mais installera Open Office.org à la place. La première "mission" de Framasoft est pleinement accomplit.

Seconde étape avortée

Il ne s’agit cependant que d’une escale, puisque qu’on lui propose ensuite d’aller plus loin. L’exploration ne doit pas s’arrêter à l’utilisation des logiciels libres sous Windows, considérée comme une simple période de transition : dans le vaste monde du libre, il existe aussi les systèmes d’exploitation. La seconde étape devrait donc tout naturellement amené notre explorateur à passer de Windows à Linux.
Et c’est là qu’apparaît la contradiction, que la promotion du logiciel libre sous Windows atteint ses limites, et révèle même une certaine ambiguïté. Car ceux qui auront découvert le monde du libre par ce biais pourraient légitimement se poser la question suivante : pourquoi aller vers le libre, si le libre vient à nous ? Pourquoi se convertir à Linux, alors que le libre se convertit, s’adapte ou se créé sous Windows ?
En restant sous l’OS de Microsoft, et en utilisant des logiciels comme Open Office.org, The Gimp ou Mozilla, ils ont à leur disposition "The best of both world’s" [1] : les avantages du système d’exploitation le plus utilisé dans le monde, et ceux d’une communauté de développeurs à l’écoute des besoins des utilisateurs et non plus uniquement de ceux des actionnaires. Dés lors, il n’y aurait plus véritablement de raisons pratiques d’abandonner Windows. Pourquoi voudrait-on s’amputer volontairement, se couper par exemple de la multitude de freewares développés pour l’OS de Microsoft, et que l’on trouve sur le site de Framasoft lui-même ? D’un point de vue purement pratique, ce sacrifice n’aurait aucun sens. En restant sous Windows, l’utilisateur tire avantage des deux mondes. [2]

Des arguments qui ne convaincraient pas

Bien sur, les linuxiens les plus "durs" argumenteront avec force que leur OS est 100 (1 000, 10 000 ?) fois mieux que "windaube" (plus stable, plus sécurisé, etc. On peut d’ailleurs s’interroger sur cette sécurité, dans le cas des virus par exemple : si ceux-ci "s’attaquent " essentiellement à Windows, c’est parce qu’il est dominant sur le marché - et la raison d’être d’un virus, c’est de faire le plus de dégâts chez le plus de gens possible. Linux serait-il aussi sûr s’il était présent sur 80% des PC du monde ?). Tachons cependant de rester objectif (belle utopie), et ne dénigrons pas systématiquement l’entreprise de Bill Gates qui - quoi qu’on en dise et malgré les critiques (nombreuses et justifiées) que l’on peut lui faire, à un mérite de taille, du moins à mes yeux : le développement de l’informatique personnelle et, par voie de conséquence, une démocratisation de celle-ci. Et tout comme Linux n’est pas le système d’exploitation parfait et absolu comme quelques uns veulent nous le faire croire, Windows n’est pas non plus la pire des calamités qui puisse exister pour un PC.
Si migration vers Linux il doit y avoir, elle se justifiera dés lors plus par des questions de principes ou philosophiques que pour des raisons pratiques et d’efficacité : pour faire simple, la volonté d’être libre totalement et complètement (En vrac : lutter contre le monopole, ne pas accepter d’être "cornaquer" sur son propre PC, d’être tracer ou espionner dans ces moindres mouvements sur le web, etc. Chacun complétera selon ses informations et ses convictions). Est-ce que cela sera suffisant ? Peut-être, mais dans ce cas là, la migration vers Linux sera plus le fait d’une prise de conscience que de l’utilisation de softwares libres sous Windows (la prise de conscience pouvant se faire sans cette utilisation).

Promotion du Libre et promotion de Linux

Dans cette optique d’une migration en deux étapes (1. injecter un peu de libre dans Windows, puis 2. offrir une liberté complète à son ordinateur en passant à Linux), les logiciels libres sous Win sont envisagés un peu comme des produits d’appel. On pourrait rapprocher cela de la politique de certains éditeurs de softwares qui mettent à disposition du public une version Light gratuite de leurs produits, en espérant que les consommateurs finiront par acheter la version Pro. Sauf bien sur que Mozilla pour Windows n’est pas une version bridée du Mozilla pour Linux. Il s’agit du même logiciel, avec les mêmes fonctionnalités et les mêmes potentialités. Par ailleurs, il existe aujourd’hui des tas de softwares développés sous différentes licences libres (GPL, MPL, etc.) qui vivent naturellement sous Windows. Et si certains logiciels sont des migrations (Gimp), d’autres sont pensés comme des programmes multiplateformes (Mozilla, OOo). Ce qui veut dire que convaincre son entourage d’abandonner Microsoft Office au profit d’open Office.org n’amènera pas forcément plus de monde sur la banquise.
La promotion du Libre et la promotion de Linux devraient peut-être être envisagées comme deux actions distinctes, qui peuvent parfois être antinomiques. "Libre" et "Linux" ne sont pas - ou plus - synonymes, et la réussite de la première étape n’entraînera donc pas automatiquement l’accomplissement de la seconde.

Une promotion involontaire de Windows ?

Il est indéniable que grâce à Framasoft, les internautes découvriront les logiciels libres sous Windows et qu’ils finiront par en adopter quelques uns (étape 1) ; cette évolution n’est pas inutile, bien au contraire. Certains iront même jusqu’à installer une partition Linux. Mais la migration sera-t-elle totale ? Au final, est-ce que cette stratégie d’approche développera les "parts de marché" du pingouin dans les foyers (étape 2) ? Pas sur, comme le suppose l’hypothèse développée ci-dessus...
Le résultat d’une telle approche pourrait même être inverse de celui escompté, c’est-à-dire accentuer la domination de Microsoft dans l’univers impitoyable des OS, car dans la situation actuelle, le meilleur des deux mondes se retrouve sous Windows. Il y a plus souvent (voir presque exclusivement) des adaptions de logiciels linux vers Windows que l’inverse. Il existe bien les émulateurs type Wine sous Linux, mais avouons tout de même que l’utilisation d’un software par leur intermédiaire n’est pas aussi aisée que sous l’OS natif. Il ne manquerait plus que les développeurs adaptent les bureaux Gnome et KDE sur Win XP et s’en serait fini de Linux en tant que système d’exploitation d’ordinateur familial... [3]
Si les logiciels libres sous Windows permettent peu à peu de réduire la domination de produits comme Microsoft Office ou Internet Explorer, j’ai parfois l’impression qu’ils pourraient aussi conforter celle du système d’exploitation en lui-même. Leur promotion en ferait involontairement de même.

Alors, la stratégie consistant à promouvoir les logiciels libres sous Windows est-elle un cul de sac lorsque l’on souhaite amener l’internaute sous Linux ? Le portage même de certains logiciels libres sous Windows ne serait-il pas un danger ? La philosophie de Framasoft (et celle d’autres sites partageant les mêmes ambitions) est-elle paradoxale ? Idéalisme et pragmatisme seront-ils toujours incompatibles ? La schizophrénie nous menace-t-elle tous ?

A vous de me le dire.

[1] N.B. chanson des Oils.

[2] Cette avantage pratique bénéficie pour l’instant à Windows, parce qu’il est dominant sur le marché. Il ne serait pas si évident si cette domination était moins prononcée, ou si elle s’inversait (rêvons un peu !). Néanmoins, l’évolution du marché ne semble pas prendre cette voie (du moins pour l’informatique familiale), et le libre pourrait même la renforcer (voir plus bas : Une promotion involontaire de Windows ?).

[3] Ce que l’on commence à voir - indirectement et partiellement - avec des softwares qui offrent sous Windows le système multibureaux typique de Linux. On peut d’ailleurs remarquer de manière générale la convergence progressive entre les deux systèmes d’exploitation (dans la forme principalement). Cette convergence risque de se faire au profit d’une seule partie, celle qui domine, puisqu’elle se fait essentiellement dans un seul sens.

Commentaires

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et si on relisait ce qui a été écrit par les membres de la fsf , le 13 novembre 2007 par simplenux (0 rép.)

Microsoft est-il le Grand Satan ?

De nombreuses personnes voient en Microsoft la menace monstrueuse de l’industrie du logiciel. Il y a même une campagne pour boycotter Microsoft. Ce sentiment s’est accru depuis que Microsoft a exprimé une forte hostilité à l’encontre du logiciel libre.

Dans le mouvement du logiciel libre, notre point de vue est différent. Nous estimons que Microsoft pratique une politique néfaste pour les utilisateurs de logiciels : créer des logiciels propriétaires, et refuser de ce fait aux utilisateurs leur liberté légitime.

Mais Microsoft n’est pas la seule dans ce cas ; presque toutes les compagnies font de même. Si les autres compagnies touchent moins d’utilisateurs que Microsoft, ce n’est pas faute d’essayer.

Ce n’est pas une excuse pour Microsoft. Mieux, ceci est là pour rappeler que Microsoft est le développement normal d’une industrie du logiciel basée sur la division des utilisateurs et le refus de leur liberté. Quand nous critiquons Microsoft, nous ne devons pas absoudre pour autant les autres compagnies qui font du logiciel propriétaire. À la FSF, nous n’utilisons aucun logiciel propriétaire --- qu’il provienne de Microsoft ou d’ailleurs.

Dans les « documents Halloween », diffusés à la fin du mois d’octobre 1998, les cadres de Microsoft énonçaient leur intention d’utiliser diverses méthodes pour limiter le développement du logiciel libre : spécifiquement, en concevant des protocoles et des formats de fichiers secrets, et en faisant breveter les algorithmes et les caractéristiques des logiciels.

Ces pratiques d’obstruction ne sont pas nouvelles : Microsoft, et de nombreux autres éditeurs de logiciel, les ont utilisées pendant des années. Dans le passé, probablement, leur motivation était de s’attaquer entre eux ; maintenant, il semble que nous faisons partie des cibles. Mais, ce changement de motivation n’a aucune conséquence pratique, car les conventions secrètes et les brevets sur les logiciels gênent tout le monde, indépendamment de la « cible ».

Le secret et les brevets menacent le logiciel libre. Ils nous ont considérablement gêné dans le passé, et nous devons nous attendre à ce qu’ils continuent à l’avenir. Mais, même si Microsoft ne nous avait jamais remarqué, cela n’aurait rien changé. La seule vraie signification des « documents Halloween » est que Microsoft semble penser que le système GNU/Linux a un fort potentiel de réussite.

Merci Microsoft, et s’il vous plaît dégagez le passage.

Copyright © 1997, 1998, 1999, 2000, 2007 Free Software Foundation, Inc., 51 Franklin St - Fifth Floor, Boston, MA 02110, USA

Verbatim copying and distribution of this entire article is permitted in any medium, provided this notice is preserved.

La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur n’importe quel support d’archivage, pourvu que cette notice soit préservée.

-----> http://www.gnu.org/philosophy/micro...

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Framasoft contre-productif ?
ou le meilleur des (deux) mondes
, le 6 mars 2007 par Fabien Palencia (1 rép.)

Tout d’abord bonjour, Je suis un utilisateur de Windows, Linux, de logiciels commerciaux et de logiciels libres. Je travaille dans une structure du gouvernement, qui a des interactions avec des entreprises privées extérieures.

Et nous sommes obligés d’utiliser WORD pour communiqué les échanges DOC -> ODT ne sont compatible qu’a 99.9% et se 0.1% demande trop de travail de mise en page. De fait utiliser WORD impose Windows, et bien sur d’autre logiciels n’existe que sous Windows et malheureusement sans équivalence en libre et/ou sous Linux.

Cependant en interne je peut dire VIVE LyX, OpenDraw, JabRef, TeX, ...

J’utilise des logiciels commerciaux d’instrumentation sous Windows qui existe en version Linux et Unix, mais qui sont malheureusement inexploitable à cause des drivers. Recompiler ses drivers pour le noyaux X.Y.ZZ tous les mois je suis désolé mais j’ai autre chose à faire.

A l’inverse le site Web de mon Laboratoire fonctionne sous Linux, pour une raison simple il n’y a pas mieux à tout point de vue.

En conclusion Linux est un système EXPERT qui n’est pas à la portée de monsieur tout le monde ça viendra mais pas aujourd’hui. Windows est simple d’installation et quoi que l’on dise suffisamment stable. ( J’entends, "VISTA il n’y a pas de drivers, trop gourmand, trop ci trop la, ...", ça fais plus de 2 ans que des version alpha sont utilisable par les entreprises pour les développement de drivers, comme pour Linux les fabricant de matériels attende la demande, et pour avoir un bureau en 3D avec des icônes qui bouge dans tous les sens sous Linux, un P2 avec 64Mo de ram et une CG avec 2Mo de ram c’est suffisant peut-être ? ) La machine que j’utilise pour taper ce message ne redémarre que pour les mise à niveaux je m’en sert tous les jours sous Windows XP je fais du développement sous LabView, du WORD, TeX, LyX, Mathematica, ... depuis 57 jours pas mal pour un système instable c’est un P3 800Mhz avec 768Mo de Ram est 100 Go de DD qui tourne depuis 1999.

Allez tous pour dire qu’il faut utiliser les outils les plus adaptés aux travaux demandés

Framasoft contre-productif ?
ou le meilleur des (deux) mondes
, le 14 novembre 2007 par heineken

"En conclusion Linux est un système EXPERT qui n’est pas à la portée de monsieur tout le monde (...)"

je voulais juste vous dire de ne pas généraliser à partir de VOTRE utilisation professionnelle et/ou personnelle, car si je le faisais moi aussi,le bilan serait exactement inverse et ne ferait pas plus avancer le "débat" ...

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