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\title{Éditeur ou traitement de textes ?}
\author{Jacques \textsc{Bon} pour Famasoft}
\date{Décembre 2004}
\begin{document}
\maketitle
\thispagestyle{empty}
\begin{abstract}
L'outil texte le plus connu est le traitement de textes (Word, Abiword, Swriter etc.)

Mais il n'est pas le seul. Existent aussi \emph{l'éditeur} de textes et le \emph{formateur} de textes. Présentation de l'intérêt pédagogique de l'éditeur, peu utilisé dans les écoles, ce qui est dommage, à notre avis.

\end{abstract}



\section{Définitions}
Voyons tout d'abord ce que sont éditeur et traitement de textes :

\subsection{L'éditeur de textes :}

C'est un outil qui permet de manipuler un fichier au format \emph{texte brut}, c'est à dire uniquement des caractères alphanumériques. Le plus connu est le bloc-notes de Windows. 

Les éditeurs les plus simples proposent les fonctions suivantes :
\begin{itemize}
\item taper du texte ;
\item  effacer ;
\item copier/couper/coller ;
\item  enregistrer, enregistrer sous ;
\item  imprimer (en caractères machine à écrire).
\end{itemize}

Et c'est tout ! Pas de choix de fontes, de taille de caractère, etc.

Les éditeurs plus évolués incluront la recherche de texte, la coloration syntaxique (pour la programmation et les langages basés sur le texte brut comme HTML ou LaTeX), et pour les éditeurs les plus puissants (Vim, Emacs...) ils n'ont quasiment pas de limites, \emph{sinon qu'ils travaillent toujours uniquement sur du texte brut}. 

L'éditeur est donc un logiciel indispensable à tous ceux qui travaillent sur ce type de fichier :
\begin{itemize}
\item les programmeurs ;
\item les administrateurs système ;
\item les webmasters.
\end{itemize}

\begin{figure}
\includegraphics[width=12cm]{vim2.png}
\caption{L'éditeur Vim}
\end{figure}

\subsection{Formateur de textes :}

Le formateur de textes est un outil qui comme son nom l'indique, {met en forme} un texte, à partir d'un {fichier source} en texte brut mais contenant des indications de structure ({balises}). C'est à dire que, mélangées au texte, se trouvent des indications de structure (titre, chapitre, section, sous-section etc.) que le formateur de textes sait reconnaître et interpréter. C'est ainsi que procède votre navigateur internet.

Exemple de balises en HTML :
\begin{verbatim}
<h2>Le cor</h2>
J'aime le son du cor, le soir au fond des bois.
\end{verbatim}

Donnera dans votre navigateur :

\includegraphics[width=12cm]{firefox_lecor.png}

\newpage
La même chose sera notée pour \LaTeX\ par :
\begin{verbatim}
\section{Le cor}
J'aime le son du cor, le soir au fond des bois.
\end{verbatim}
Le formateur de texte reconnaît ces balises et interprète alors le fichier pour générer seul la mise en page optimale. \LaTeX\ est actuellement le formateur de texte le plus connu, et c'est l'outil le plus souple, puissant et donnant les meilleurs résultats typographiques, loin devant \emph{tous} les traitements de texte.

Mais il ne fait que cela. Il faut donc l'utiliser :
\begin{itemize}
\item un éditeur, en amont, pour produire le texte  (Gedit, Vim, Emacs) ;
\item un programme de visualisation et/ou  d'impression, en aval (Xdvi, Acrobat Reader).
\end{itemize}

\subsection{Traitement de textes :}

Le traitement de textes, lui, est aussi un éditeur de textes, mais il permet en plus :
\begin{itemize}
\item le formatage du texte (tableaux, fontes, taille de caractères etc.) ;
\item  l'affichage WYSIWYG (What You See Is What You Get) du texte ;
\item  l'impression finale.
\end{itemize}

Il s'agit donc d'un outil polyvalent, complexe, qui doit tout faire à la fois, donc :
\begin{itemize}
\item moins puissant et performant dans chacune de ses fonctions (édition, mise en pages, affichage, impression) ;
\item plus gourmand en ressources ;
\item plus sujet à plantages ;
\end{itemize}

que l'association d'outils spécialisés séparés.  Il induit aussi une taille de fichiers bien plus importante (voir ci-dessous).

De plus, il induit rapidement une confusion dans l'esprit du rédacteur, entre le contenu, la structure, et l'apparence du texte, qui sont des choses différentes.

Mais puisqu'il sait tout faire, c'est lui que l'on doit utiliser !  \emph{Pas nécessairement}. L'éditeur a aussi ses avantages, notamment à l'école.


\section{Avantages de l'éditeur de textes à l'école}

\subsection{Simplicité}

Voici la barre d'outils d'un éditeur de textes (Gedit). 

\vspace{5mm}
\includegraphics[width=12cm]{barre_gedit2.png}

Comparez avec celle de Word ou tout autre traitement de texte évolué : 
\begin{itemize}
\item l'interface est bien plus simple ;
\item les fonctions importantes (ouvrir, copier, coller) sont bien en évidence ;
\item l'enfant se concentre sur {l'édition} du texte, pas sa mise en forme.
\end{itemize}

\subsection{Légèreté}
L'éditeur de texte est généralement un logiciel léger, très stable, et consomme peu de ressources machine (c'est important dans un réseau de terminaux X). L'éditeur le plus puissant au monde, Emacs, ne nécessite que 8 Mo de mémoire vive, contre environ 50 pour une fenêtre d'OpenOffice.org ! 10 éditeurs ouverts = 80 Mo. 10 traitements de texte ouverts = 500 Mo !\footnote{En fait ce calcul n'est pas rigoureux, car une partie de la mémoire est partagée. Mais cela représente tout de même une grosse différence pour le serveur.} 

En travaillant dans un éditeur, vous pouvez continuer à utiliser vos vieux PC. Avec un traitement de textes récent, non.


\subsection{Le format .txt :}

Le format .txt est le plus simple, le plus compact. Soit un fichier contenant juste cette phrase : \emph{J'aime le son du cor, le soir au fond des bois.}

La taille de ce fichier est, selon le format :
\begin{description}
\item[\texttt{.txt} :] 47 octets ;
\item[\texttt{.abw} (Abiword) : ] 2087 octets, 44 fois le poids de la phrase originale ;
\item[\texttt{.doc} (Word) :] 8192 octets, 144 fois la taille d'origine, imaginez pour une thèse ! De plus ce format tenu secret par Microsoft est impossible à visualiser sous forme de texte simple, véhicule des informations confidentielles sur vous (qui vous êtes, si vous avez payé ou piraté votre logiciel...), est difficilement exploitable par les autres traitements de textes, incompatible d'une version à l'autre de Word, et pour finir, vecteur de virus ! On comprend qu'il reste secret ;-)
\end{description}

\subsection{Autre intérêt du format .txt  :}
Cinq enfants se partagent la rédaction d'un texte. Chacun enregistre son travail sous le nom \texttt{fichier1, fichier2} etc. 

Au moment de recoller les morceaux, il faudrait dans un traitement de textes, ouvrir les cinq fichiers, et copier-coller, ce qui représente pas mal de clics de souris. S'agissant de texte brut, on peut utiliser sous Linux la commande \texttt{cat} :

\begin{verbatim}
cat fichier1 fichier2 fichier3 fichier4 fichier5 > final
\end{verbatim}

Et le texte est reconstitué dans le fichier \texttt{final} !

\subsection{La dissociation de la saisie et de la mise en forme}

On demande principalement aux enfant à l'école :
\begin{itemize}
\item  de saisir du texte ;
\item  le mettre en forme ;
\item  le publier (journal scolaire, internet).
\end{itemize}


Ce sont trois choses bien distinctes. 
Ce sont deux choses bien différentes. Traiter les trois en même temps amène une confusion entre la \emph{structure} et \emph{l'apparence}, entre le \emph{texte} et sa \emph{mise en forme}. L'enfant va jouer avec les polices, les tailles, sans mettre du \emph{sens} derrière ces actions. C'est peu gênant en primaire, ça deviendra catastrophique lorsqu'au collège et au lycée on exigera que son texte suive un \emph{plan} et révèle une pensée \emph{structurée}. 




Il nous apparaît plus judicieux :
\begin{itemize}
\item de saisir les textes dans un éditeur ;
\item de recoller si nécessaire ensuite les morceaux (commande \texttt{cat} ou copier-coller dans l'éditeur) ;
\item de travailler dans un \emph{deuxième temps} l'apparence, en fonction de la \emph{structure} dans un traitement de texte ou un outil de PAO. On utilisera de préférence des \emph{feuilles de style}  (titre 1, titre 2...) plutôt que des manipulations de typographie directes du type Times, 14 points, gras etc. On y gagne en logique comme en qualité typographique : on ne s'improvise pas typographe, et c'est précisément le rôle de l'ordinateur, de nous décharger de ce souci.
\end{itemize}

\subsection{La portabilité :}

Le format \texttt{.txt} étant le plus basique, il est le plus universel. 

Il peut être lu dans tout éditeur, envoyé par mail, importé dans tout traitement de textes, interprété par tout formateur de textes ou outil de publication sur Internet.

Ceci prend une importance supplémentaire dans le cas de publication internet avec des outils comme SPIP (qui gère ce site) : c'est bien du texte brut et des balises que l'on importe ou l'on saisit dans SPIP. Utiliser un traitement de texte en amont pour produire ce type de texte revient à prendre sa voiture pour sortir la poubelle !

\section{Alors, le traitement de textes à la poubelle ?}
Certainement pas !

Pour taper une lettre, une courte note, le traitement de textes est pratique. C'est devenu un outil standard de l'entreprise. Indiscutablement c'est un outil à connaître et maîtriser (qui dans l'assistance peut se vanter de {maîtriser} Word ou Swriter ???)

Mais la prépondérance du traitement de textes n'est pas due qu'à ses qualités d'outil : elle est aussi liée à l'histoire économique de l'informatique (la position dominante de Windows-Word-Excel sur le monde de la bureautique). Ainsi dans le monde Unix et de la recherche scientifique, c'est plutôt le couple éditeur/LaTeX qui est la référence.

L'éditeur n'est pas prêt de menacer l'existence du traitement de textes. C'est un outil complémentaire. Mais il y a une place pour lui, dans nos pratiques pédagogiques TICE, de même que le vélo ne remplace pas l'automobile, mais bien souvent se révèle plus rapide et pratique pour aller chercher le pain !


 Alors... \emph{À vos éditeurs !}




\end{document}








